Skip to main content

Full text of "Monuments primitifs des îles Baléares"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



STANFORD UNiVERSITV 



STANFORD UNIVERSITV 



STANFORD UNIVe 



STANFORD UNIVERSITV L.BRARIES STANFORD UNIVERSIT» L.BRARIES STANFORD 



> UNIVERSITY LIBHAR.ES 



UNIVERSITY UBRAR.ES - STANFORD UNIVERSIT 



LIBRARIES 



UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 



UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LPBRAF 

LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES • STAN 

STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNiVn 

= STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UMVERSITY LIBRARIES STANFORD 

3"" UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD U NIVERSIT' 

'"■■■LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 

U.-JtVEHSlTY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBHAI, 

tIBRARlES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY '-IBRARIES SiM. 

STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVEF 



STANFORD 



LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD 



'"° UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD U NIVERSIT' 



ARIES STANFORD UNIVERSITV LIBRARIES STANFORD UNIVEHSITY LIBRAF 



.BRAR,ES STANFORD UN,VERS.TÏ UBRARIES STANFORD 



STANFORD UN IVERSITY LIBRAR.ES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES 



JNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVEHSITT LIBRARIES ■ STANFORD U 



NFQRD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY 



STANF( 



*/ERSITY UBRARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES - STANFORD UNIVEf 



ÎARIES STANFORD UNIVERS.TV LIBRARIES 



STANFORD UNIVERSITY 



..HBASIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY 



STANFORD UNIVERSITY UBRARIES . STANFORD UNIVERSITY UBRARIES 



D UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD U 



JFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANF' 



/ERSITY LIBRARIES . STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 



UNIVEF 



(ARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 



STANFORD UNIVERSITY 



IBHARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY 



STANFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD UN IVERSITY LIBRARIES 



1.1 



l.«li 



\Ëmm*^ 






ll.«^ 



Iml 



r«i 



MONUMENTS PRIMITIFS 



DES 



ILES BALÉARES 



DU MÊME AUTEUR 



Matériaux pour THistoire primitive et naturelle de THomme. Revue mensuelle 
illustrée. Direction G. de Mortillet, 1865-68, 4 vol. Direction E. Cartailiiac, 
1869-89, 18 volumes in-8« de 600 pages avec figures et planches. . . . 500 fr. 

Depuis janvier 1890, les Matériaux réunis à la Hevue d'Anthropologie et la Revue 
d'Ethnographie forment une nouvelle publication. 

L'Anthropologie. ReMie illustrée paraissant tous les deux mois, sous la direction de 
MM. Cartailhac, Hamy, Topinard. 800 pages par an, grand in-8^ Paris, G. Masson, 
boulevard Saint-Germain, 120 27 fr. 

L'Age de la Pierre dans les Souvenirs et les Superstitions populaires, avec 
68 figures dans le texte et 2 planches. Paris^ 1878 {épuisé). 

Les Ages préhistoriques de l'Espagne et du Portugal. Préface de M. A. de 
QuATREFAGES, de Tlustitut, Professeur au Muséum. Grand in-8^ avec 450 figures 
dans le texte et 4 planches. Paris, C. Reinwald, 1886 25 fr. 

La Grotte de Reilhac, causse du Lot (en collaboration avec M. Marcellin Boule). 
In-4* avec 70 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1889 5 fr. 

La France préhistorique d'après les sépultures et les monuments. 336 pages in-8'' 
avec 162 gravures et phototypies dans le texte. Paris, F. Alcan, 1889. {Bibliothèque 
scientifique internationale), cartonné (> fr. 

SOUS PRBSSE : 
La Gaule indépendante, in-8^ {même Bibliothèque). 



MISSION SCIENTIFIQUE DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBUQUE 



MONUMENTS PRIMITIFS 



DES 



ILES BALÉARES 



PAR 



EMILE GARTAILHAC 



AVEC 51 PHOTOGRAVURES HORS TEXTE ET 80 PLANS OU DESSINS 



TOULOUSE 

LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

1892 

Tous droits réservés. 






Tiré à 240 exemplaires 



A LA MÉMOIRE 



DE 



M. A. DE QUATREFAGES 



MEMBRE DE L*INSTITUT, PBOFESSEUR AU MUSÉUM 



Souvenir reconnaissant. 



AVANT-PROPOS 



En 1886, j'ai publié un ouvrage intitulé : Les Ages préhistoriques de 
FEspagne et du Portugal. C'est le résultat de recherches et de lectures 
concernant la grande Péninsule qui ferme à l'occident la Méditerranée, 
J'eus le regret de laisser une quantité de problèmes sans solutions, de 
nombreux points obscurs. Et comme, en interrogeant l'archéologie et 
l'histoire de la France et du nord de l'Afrique, je n'avais pu résoudre ces 
difficultés ni éclairer le sujet, je m'imaginais volontiers que je trouverais 
quelque lumière dans les îles les plus voisines du littoral espagnol, der- 
nière étape apparemment de toutes les influences qui jadis se propagèrent 
par mer d'Orient en Hispanie. 

J'ai été ainsi conduit à faire aux îles Baléares, en octobre, novembre 
et décembre 1888, une charmante promenade, car il faut réserver les mots 
de voyage ou d'exploration pour les contrées plus lointaines, moins commodes 
à visiter. On arrive aux îles en une nuit par Barcelone, en un jour par 
Cette. On y est reçu admirablement, on y circule partout avec facilité, et 
lorsqu'on leur dit adieu, on part séduit par les beautés de la nature et 
charmé par l'amabilité des gens. On trouve justifiées les paroles des 



X AVANT-PROPOS. 

vieux écrivains Baléares : « Hic mihi certa quies vivere et opto mort » (Don 
Juan Dameto) ; « Viver en ella es para mi una imperturbable felicitady y en 
la misma desco morir. » (Dionisio Pont.) 

Je n'ai pas rencontré les renseignements que j'espérais sur l'âge de 
la pierre et les populations vraiment primitives de la Méditerranée. J'ai 
recueilli, en revanche, des documents plus récents, que je ne cherchais 
pas, et qui, à ma grande surprise, étaient en majorité inédits. Le premier, 
je crois, j'apporte à la fois des photographies méthodiques et des plans 
détaillés de remparts, de villes et de monuments. A cet ensemble de faits 
s'ajoutent les dessins de menus objets conservés dans les rares collections 
publiques et chez quelques particuliers. 

On jugera sans doute ma récolte satisfaisante, bien que je n'aie pas la 
prétention d'avoir tout vu ni tout moissonné. 

Je voudrais pouvoir remercier ici les personnes qui ont secondé mes 
eflTorts et favorisé mes études. 

Monsieur le Ministre de l'Instruction publique avait bien voulu patron- 
ner mon œuvre en me chargeant d'une mission (gratuite) conforme au 
but que je voulais atteindre. 

A Mayorque, j'ai contracté des dettes de reconnaissance envers 
S. A. I. l'Archiduc Louis-Salvator d'Autriche et MM. Ernest Canut, ban- 
quier d'origine française ; E. Estada, ingénieur en chef des travaux 
publics ; B. Ferra, architecte, directeur du musée ; G. Llabres, directeur du 
Boletin de la Sociedad archeologica Luliana; Pedro de A. Pena, ancien offi- 
cier, géomètre, et ses fils; Planes, archéologue; F. Salva y Salva, avocat... 
A Minorque, l'accueil le plus aimable m'a été fait par MM. F. Cardona 
y Orfila, prêtre et naturaliste, et par son neveu Pio Vivalta, mon jeune 
compagnon d'excursions; Pons y Soler, historien; G. Galens (d'Oran); 
Juan TaltawuU père et fils, banquiers; G. de Saura et M"** G. de Saura; 
J. Seguy y Rodriguez, directeur de la Revista de Menorca^ et autres. 

Je dois adresser aussi mes meilleurs souvenirs à M. Juan B. Ensenat, 



AVANT-PllOPOS. XI 

de l'Académie de l'histoire, secrétaire général du Jury de TExposition 
internationale de Barcelone. 

J'ai donné les ossements humains que j'ai recueillis au Muséum d'His- 
toire naturelle de Paris, et là, M. le D' Verneau, dont les beaux travaux sur 
les îles Canaries ont si bien éclairé l'anthropologie du sud-ouest de l'Eu- 
rope, a eu l'amabilité de les étudier. Sa notice complète mon mémoire 
archéologique. 

Est-il nécessaire de dire que je recevrai avec gratitude toutes les obser- 
vations que les lecteurs voudront bien m'adresser? Mon ouvrage ne peut 
être utile qu'à la condition de provoquer des recherches et de soulever 
des discussions parmi les érudits. 



5, rue de la Chaîne, Toulouse. 



MONUMENTS PRIMITIFS 



DES BALÉARES 



CHAPITRE PREMIER 



BIBLIOGRAPHIE 



A rorient de TEspagne à égale distance des côtes de la France et de T Algérie, 
sont situées plusieurs îles que les anciens divisèrent en deux groupes principaux, 
auxquels ils donnèrent différents noms. Le premier se composait de deux grandes 
lies. Major (Majorque) et Minor (Minorque), les Gymnésies (rujxvyiGtai des Grecs). 
Le deuxième groupe, au sud du premier, comprenait deux petites îles et quelques 
îlots, les Pityusses, (niTuoa<jxi). 

L'ensemble des îles était connu des Romains sous le nom de Baléares. 

De nombreux textes grecs et latins en font mention. 

Il est parlé d'elles dans Tîmée, Aristote, Polybe, Tite-Live, Strabon, Diodore, 
Pline, Pomponius Mêla, Plutarque, Aviénus, saint Jérôme, Isidore, etc. 

Dans la plupart des cas les auteurs nous donnent de courtes indications 
ethniques ou géographiques. Les seuls passages un peu étendus sont ceux de 
Strabon et de Diodore. Il m'a paru intéressant de les rappeler ici pour montrer 
l'insuffisance des renseignements fournis parla littérature antique. 

Strabon, après quelques considérations géographiques, s'exprime en ces 
termes : 

<( L'heureuse nature des lieux fait que les habitants de ces îles, tout comme 
ceux d'Ebysus, sont d'humeur pacifique. Mais la présence parmi eux de quelques 



2 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

scélérats qui avaient fait alliance avec les pirates de la mer Intérieure suffit à les 
* compromettre tous, et donna lieu à l'expédition de Métellus, qui y conquit le sur- 
nom de Daléarique ' et y fonda en même temps les villes de Palma et de Polentia. 
Du reste, tout pacifiques que sont les habitants de ces lies, ils se sont fait, en 
repoussant les fréquentes agressions auxquelles les exposaient leurs richesses, la 
réputation des frondeurs les plus adroits qu'il y ait au monde; et, si ce qu'on dit 
est vrai, leur supériorité dans le maniement de cette arme remonterait à Fépoque 
où les Phéniciens occupèrent ces lies. On croit aussi que ce sont les Phéniciens 
qui ont introduit chez ces peuples l'usage des tuniques à large bordure de 
pourpre (auparavant ils ne connaissaient que les tuniques unies et la grossière 
sisi/rne)j qu'ils quittaient môme pour marcher au combat, ne gardant alors qu'un 
bouclier passé dans leur bras (gauche), tandis que leur main (droite) brandissait 
une javeline durcie au feu et quelquefois armée d'une petite pointe de fer. Ils por- 
taient en outre, ceintes autour de la tête, trois frondes faites de mélancranis^ de 
crin ou de boyau : une longue pour atteindre l'ennemi de loin, une courte pour 
Talleindre de près, et une moyenne pour l'atteindre quand il était placé à une 
distance médiocre. Dès l'enfance, on les exerçait à manier la fronde, et, à cet 
eiïet, les parents ne donnaient à leurs enfants le pain dont ils avaient besoin que 
quand ceux-ci avec leurs frondes l'avaient abattu de l'endroit où il était placé. 
Métellus connaissait leur adresse, et, quand il fut pour aborder dans leurs îles, il 
fit tendre des peaux au-dessus du pont de chaque navire pour que ses hommes 
fussent abrités contre les projectiles des frondeurs gymnésiens. Il amenait avec lui 
3000 colons pris parmi la population romaine de Tlbérie. 

« A leur fertilité naturelle ces îles joignent un autre avantage, c'est qu'on 
aurait peine à y rencontrer aucune bête nuisible. Les lapins eux-mêmes, à ce qu'on 
assure, n'y sont point indigènes; maîs, un des habitants ayant apporté de la côte 
voisine un mâle et une femelle, ce premier couple fit souche, et telle fut l'abon- 
dance avec laquelle la race de ces animaux multiplia tout d'abord, que les popu- 
lations, voyant leurs maisons et leurs arbres sapés et renversés, en furent 
réduites à chercher un refuge auprès des Romains '. Aujourd'hui heureusement 
rhabileté des chasseurs ne laisse plus le fléau prendre ainsi le dessus, et les 

\, L'histoire est silencieuse sur ce Métellus et sa conquôle des Baléares. En dehors de ce quVn dit 
Strahon dans les lignes qui suivent et à part Tépilaphe du tombeau de Métellus retrouvée, je crois, 
en Italie, nous savons peu de choses sur ce personnage. Voici le texte restitué de l'épilaphe : 

<c Quintus Cecilius Métellus Balearis insulas Baléares obtinuit, et illas hnperio Rotnano ^ubjecit in 
perpetuum». 

2. Cette invasion désastreuse de lapins est aussi racontée par Pline. 



BIBLIOGRAPHIE. 3 

propriétaires sont libres de cultiver leurs terres avec profit. — Les îles dont nous 
venons de parler sont situées en deçà des Colonnes d'Hercule. » 

DiODORE, de Sicile, est plus explicite : 

« Les deux îles sont très fertiles, et nourrissent environ trente mille habitants. 
Il croît peu de vignes chez eux, et cette rareté du vin est cause qu'ils Taiment 
beaucoup. Ils manquent absolument d'huile d'olive, et ils ne s'oignent que d'une 
espèce d'huile qu'ils tirent du lenlisque et qu'ils mêlent à de la graisse de porc. 
L'amour et l'estime qu'ils ont pour le sexe va si loin, que si les corsaires leur 
enlèvent une femme ils ne font aucun scrupule de donner pour sa rançon trois 
ou quatre hommes. Ils habitent sous les rochers creux et le long des à-^ic, dispo- 
sant des trous et pratiquant de nombreuses grottes. C'est là qu'ils vivent, recher- 
chant avec soin à la fois l'abri et la sécurité. L'or et l'argent ne sont point en usage 
chez eux et ils ne permettent pas qu'on en fasse entrer dans leur île. La raison qu'ils 
en apportent est qu'Hercule ne déclara autrefois laguerreà Jéryon, fils de Chrysaor, 
que parce qu'il possédait des trésors immenses d'or et d'argent. Pour mettre 
donc leurs possessions à couvert de l'envie, ils interdisent chez eux le commerce 
de ces métaux. Ce fut même pour conserver cette coutume que, s'étant mis autre- 
fois à la solde des Carthaginois, ils ne voulurent point rapporter leur paye dans 
leur patrie; mais ils l'employèrent tout entière à acheter des femmes et du vin. 

« Ils ont une étrange pratique dans leurs mariages. Après le festin des noces, 
les parents et les amis vont trouver chacun à leur tour la mariée. L'ftge décide 
de ceux qui doivent passer les premiers, mais le mari est toujours le dernier 
qui reçoive cet honneur. La cérémonie qu'ils observent quand il s'agit d'enterrer 
leurs morts n'est guère moins particulière. Ayant brisé d'abord à coups de bâton 
tous les membres du cadavre, ils le font entrer dans une urne, et le couvrent 
ensuite d'un grand tas de pierres. Leurs armes sont trois frondes : ils en por- 
tent une autour de la tête, l'autre autour du ventre, et la troisième dans leurs 
mains. Dans les expéditions militaires ils jettent de plus grosses pierres cl 
avec plus de violence que les machines mêmes. Quand ils assiègent une place, ils 
atteignent aisément ceux qui gardent les murailles, et dans les batailles rangées 
ils brisent les boucliers, les casques et toutes les armes défensives de leurs 
ennemis. Ils ont une telle justesse dans la main, qu'il leur arrive peu souvent de 
manquer leur coup. Ce qui les rend si forts et si adroits dans cet exercice est que 
les mèreamômes contraignent leurs enfants, quoique fort jeunes encore, à manier 
continuellement la fronde. Elles leur donnent pour but un morceau de pain pendu 



4 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

au bout d'une perche, et elles les font demeurer à jeun jusqu'à ce qu'ayant abattu 
ce pain, elles leur donnent la permission de le manger. » 

On a remarqué la seule phrase qui fait allusion aux habitations primitives 
des insulaires et que nous avons traduite mot à mol. 11 n'est pas question des 
monuments formés de grands blocs, qui devaient être alors si nombreux et si bien 
conservés à Mînorqueetà Majorque. Ils ne furent pas remarqués des historiens et 
des voyageurs jusqu'au siècle dernier. 

Je vais passer rapidement en revue les ouvrages où ils sont signalés. 

Histoire naturelle et civique de Vhle de Minorque, par J. Armstrong, traduite sur la deuxième 

édition anglaise \ Amsterdam et Paris, 1769. îi78 p. in-24. 

Armstrong, officier anglais, avait consulte l'Histoire du royaume Baléare par 
Damelo (PalmadeMayorque,1633), l'ouvrage de Vincent Mut, l'Histoire d'Espagne 
par Mariana, et, n'ayant pas trouvé dans ces travaux les lumières qu'il cherchait, 
il se mit pei^sonnellement à étudier l'Ile où il séjournait. Les matériaux réunis, il 
les publia. 

Le chapitre XVI est consacré aux « Antiquités qu'on trouve dans Tisle » et se 
subdivise en trois parties : Antiquités des temps les plus reculés, des Romains, des 
Maures. Un des monuments d'Alayor est décrit en détail et figuré sur une planche 
hors texte. (Nous la reproduisons ci-contre.) Une pierre levée supportant une 
large dalle se voit à gauche d'un énorme monticule de blocs. L'auteur suppose 
que c'est un autel placé au voisinage d'un tombeau. Pourtant il donne encore 
aux amas de pierres une autre destination : « C'étaient, pense-t-il, tout autant 
d'échauguettes qui servaient à découvrir l'ennemi qui entrait dans le pays et où 
l'on faisait des signaux, d'où le nom d'Athalaias, qu'ils portent ». 

Il recherche ensuite quels furent les auteurs de ces constructions. Il part de 
ce principe que dans les premiers âges du monde toutes les cérémonies de la reli- 
gion se réduisaient à offrir des sacrifices aux Dieux, pour apaiser leur colère et 
implorer leur protection, et finalement il renvoie le lecteur à une étude sur les 
carnes {sic) de File d'Anglcsye, de l'Irlande et de l'Ecosse. 

Les grotles(covas)retiennent ensuite l'auteur; il signale leur origine humaine, 
leur nombre, il recherche leurs usages et rappelle que des Maltais, des Italiens de 
Viterbe, quantité de Maures vivent dans de semblables grottes et que les Minor- 
quins en faisaient jadis autant. Après avoir servi a la population entière, elles ne 

i. Je cite rédition que je possède; la première, cq UDglais, est de i7j2. 



6 MONUMENTS PRIMITIFS DBS BALÉARES. 

furent plus fréquentées que par les pauvres gens ; finalement, dit-il, elles devin- 
rent des lieux de refuge ou de dépôt en cas de besoin. 

Descripciones de las islas PUhiusas y Bakaresy por D.. José Vargas Ponce, Madrid, mdgclxxxyii, 

in-8», XXIV et 158 p., 3 lab. 

L'auteur, navigateur et géographe espagnol, consacre quelques passages aux 
monuments antiques ; dans son chapitre intitulé : Antigûedades, il les divise en deux 
groupes, run<( que Ton croit celtique et l'autre qui avec plus de certitude est d'origine 
arabe ». Il décrit les premiers que possède Minorque et les nomme « pyramides 
et tables ou autels ». Il note les cellules que contiennent les pyramides et dit que 
Ton n'y a rien trouvé de particulier; il marque le voisinage de ces pyramides et 
des tables; il a mesuré quelques-unes de celles-ci et donne les dimensions. Pour 
ce qui est de l'origine celtique il renvoie à Armstrong. Il consacre un plus long 
passage aux grottes taillées des cales ou petits ports du Sud ; leur situation, les os hu- 
mains qu'on y rencontre fréquemment, lui paraissent démontrer qu'elles servaient 
de demeures, d'abris, de sépultures, aux premiers habitants de l'Ile. 

Aniigùedades celticas de la Isla de Menorca, por el D' D. Juan Ramis. Mahon, 1818, pet. in-8'>. 

J. Ramis fut certainement l'un des esprits les plus cultivés des Baléares. C'était 
un naturaliste et un archéologue passionné. Le premier, il réunit en collections 
les objets qu'il put recueillir. Parmi ses diverses séries la numismatique brillait 
au premier rang; les autres antiques étaient moins nombreux, mais également 
dignes d'attention. Le premier il écrivit des catalogues, qui ne furent publiés qu'en 
partie. Sa famille conserve encore ce qui reste de son musée et de ses manuscrits; 
des ventes et des négligences fâcheuses ont singulièrement réduit ce trésor. On 
note dans ces collections et dans les catalogues un certain mélange des objets 
provenant des îles et de ceux que Ramis avait reçus de l'étranger. De telle sorte 
que l'on ne peut les utiliser qu'avec beaucoup de prudence et d'hésitation. 

L'ouvrage « Sur les antiquités celtiques de Minorque » indique par son titre 
que Ramis l'écrivit sous l'influence des théories alors en vogue en France et qui 
attribuaient aux Celtes une foule de monuments qu'une critique plus sévère rendit 
plus tard, à des époques très différentes, à des peuples très divers. Ainsi, égaré 
par la fantaisie et l'imagination, Ramis ne nous a pas laissé une bonne étude des 
constructions primitives de son pays. Mais il y a çà et là des* notes très utiles et 
que les auteurs subséquents devront utiliser. 



BIBLIOGRAPHIE. 7 

A la fin est un catalogue des monuments de Minorque. Ramis signale 195 
talayots entiers ou ruinés. 

L'illustration du volume laisse tout à fait à désirer. Il n'y a qu'une planche 
figurant deux ou trois objets et un des principaux édifices, la nau d'Es Tudons ; 
mais ces croquis sont menus et grossiers. 

Voyage en Sardaigne^ par le comte Albert de la Mabmora. Paris-Turin, 1840, 2 vol. in-8. 

Antiquités. Atlas. 

L'auteur s'est longuement étendu dans son deuxième volume (p. 532) sur les 
monuments des Baléares. Il avait même projeté, dit-il, de traiter ce sujet d'une 
manière plus spéciale. C'était un bon observateur, ayant acquis de l'expérience 
par sa consciencieuse étude des nuraghes de la Sardaigne, au courant de toute la 
littérature. C'est son travail que, dans la suite, la plupart des auteurs ont cité de 
confiance, et ce sont ses dessins que l'on retrouve toutes les fois qu'il est question 
des Baléares dans des publications archéologiques illustrées. 

Le premier il vit l'ensemble des monuments des deux îles, de Mayorque et de 
Minorque. Il les examina très rapidement durant l'hiver de 1833 à 1834. Sa des- 
cription de leur mode de construction est exacte. En revanche celle de leurs plans 
laisse beaucoup à désirer. Il est évidemment enclin à forcer les rapprochements 
avec les nuraghes, et pour ce motif ses restitutions ne sont guère acceptables. On a 
même le droit, quand on a plus minutieusement examiné les monuments , de se 
demander si A. de la Marmora n'avait pas, comme les meilleurs écrivains de son 
temps, un excès d'imagination. Dans le cours de mon travail, j'aurai l'occasion de 
le citer plusieurs fois et d'accepter ou de contredire ses indications. 

Les dessins qui sont réunis sur deux ou trois planches de son album se 
divisent naturellement en deux séries : les édifices et les petits objets. Ces der- 
niers sont représentés seulement par des croquis. Mais nous avons ainsi des ren- 
seignements sur l'origine des objets que j'ai retrouvés en partie dans les collec- 
tions, où, en général, ils avaient perdu tout certificat d'origine. 

Note sur l'origine des premiers habitants des îles Baléares, par Boudard : Hovue Archéo- 
logique, 1855, p. 244, t. Y\ 

M. Boudard est bien connu par ses études sur les monnaies et l'alphabet 
ibériens. Après avoir énuméré les textes de l'antiquité concernant les Baléares, il 
croit pouvoir identifier les Baléares et les Gymnètes, et affirmer que les Gymnètes 
étaient des Ibères. Il va chercher ses preuves dans le basque : Aballo signifiant 



8 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. 

fpoade et erri pays, les Ibères ont pu et dû appeler ces lies Aballaerri, pays de la 
fronde. 

Historia de la hla de Meriorca, por Oleo y Quadrado. Guidadela, 1876. 

Cette œuvre importante est d'un écrivain local fort estimé. En ce qui concerne 
les monuments primitifs, M. Oleo y Quadrado a pris conseil de son compatriote 
M. Juan Pons y Soler. Deux ou trois pages donnent ainsi des observations de 
détail et des renseignements généraux exacts et consciencieux, mais point de 
figures. 

Los lalaijots de Menorcn, lettre de D. Gesareo Fernandez Duro, 

dans la « Acadcmia », t. 1'', 1877. 

Récit très sommaire et très vague. 

Apunisi arqueolôglcos, de D. Francisco Martorell y Pkxa, mises en ordre par Salvador 
Sampere y Miquel, publiées par D. Juan Martorell y Pefia. Barcelone, 1879, 2!î4 pages, 
gr. in-8. 

Il est plusieurs fois question des monuments des Baléares dans ces notices 
archéologiques. Une d'elles leur est entièrement consacrée sous le titre : « Islas 
Baléares, lalayots, navetas, altares, etc. », pp. 195-211. Les grottes sont décrites 
sous le titre: « Sepulturas olerdulanas )),pp. 132-1 i3. 

L'auteur a naturellement beaucoup emprunté à la Marmora, mais il a fourni 
aussi bon nombre d'observations personnelles. Il passe d'abord en revue les 
monuments principaux, et il les décrit avec un soin que n'avaient pris aucun des 
précédents auteurs. Il donne les mesures, le plan, la vue d'une trentaine de 
talayots, d'altares, de navetas; ce sont les croquis de la Marmora, quelquefois heu- 
reusement corrigés. Le premier il publie une carte archéologique de Minorque 
dressée par M. Hafael Blasco, et je dois dire qu'elle m'a été fort utile pendant 
mon exploration. Il faudrait peu de chose pour la mettre au point. 

Coiiribucion al cstudio de los monumcnto^ megalitiro$ iôrrlcos, par Salvador Sampkre v Miquel : 

dans la « Revisla de ciencias liisloricas ». (ieronc, 1881. 

L'auteur, sous un titre assez général, s'occupe on réalité plutôt des îles 
Baléares et de la Catalogne que du reste de la péninsule. Son premier chapitre sur 
les constructeurs des monuments mégalithiques n'apprend rien. Le second énu- 
mère les grottes ayant servi d'habitations, les navetas; c'est une série d'extraits 
de Martorell y Pena présentés avec un peu i)his de méthode. Il en est de morne 
de la troisième partie : les sépultures, dolmens. L'auteur avoue qu'il ne connaît 



BIBLIÛGRAPHil'. 

aucun objet trouvé dans ces monuments. Le cliapilre quatrième : Monumenla 
et autels, ajoute quelques indications personuclles à celles de Martorell. Viennent 
ensuite des chapitres sur les monuments commémoratiFs, menhirs, sur les pierres 
branlantes, sur les habitations autres ([iie les grottes, les talayots. Le dernier est 
le plus important. Mais c'est encore du Martorell ù peine revu al augmenté. L'au- 




Port? di! l'enccint' d^Arla, Majorque 
RMuctioD d'ans graTuro da Dis Baleam in Vi'orl 



teur enfin se perd dans des considérations peu critiques sur la langue desconstruc. 
teurs des monuments mégalitliiquos. 



Die Bmearen in Wurl und liild ijachilderl , par l'ai'clilduc LoL'is Saivator d'Al'THicue. 
L.-ipzig, 1882-1891,7 vol. in-fol. 

Ce grand et magnifique ouvrage fut par malheur tiré à très petit nombre, et 
la série complète de ses lomes ne se trouve guère que dans les bibliothèques des 
souverains et de quelques capilales. L'auteur a décrit les lies avec amour et à 



tO MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

tous les points de vue. 11 étudie la géographie, le sol, le climat, la population, les 
produits naturels, les monuments, les mœurs, le commerce, etc. Sur tous les 
sujets il a fait appel aux lumières des spécialistes. Artiste lui-même, il a emprunté 
le secours de graveurs habiles pour reproduire ses dessins, et son texte, écrit en 
allemand, est merveilleusement illustré. Dans cet ouvrage, le plus luxueux peut- 
être de la géographie contemporaine, les monuments primitifs tiennent leur bonne 
place, notamment dans le tome consacré à Minorque et qui est sur le point de 
paraître. 

La Arqueologia de Espaha, por el D' Emiuo HObner, x-298 p. in-8**. Barcelone. 

Le savant épigraphiste allemand consacre quelques lignes seulement aux 
monuments des Baléares qu'il rapproche, sans entrer dans le moindre détail, mais 
avec raison, des monuments mégalithiques des autres lies de la Méditerranée, 
telles que Gozzo et Pantellaria. Il assimile les <' navetas » (qu'il croit spéciales à 
Minorque) aux édifices que décritSalluste (Bell. Jug.,c. XVIII, 10) :« Ceterumadhuc 
aedificia Numidarum agrestium,qudB mapalia illi vocant,oblonga,incurvislateribus 
tecta, quasi navium carinas sunl ». Il termine en notant Tabsence de tout monu- 
ment identique aux mégalithes de TËurope. 

Hand'Book to the Mediterranean, par le lieutenant-colonel R.-L. Playfair, 188!2. Londres, 

John Murray. 

La notice sur les Baléares est digne de cet excellent auteur. Quatre ou cinq 
des principaux monuments y sont reproduits avec soin et les notes qui les 
concernent sont absolument supérieures à tout ce qui a été publié sur le même 
sujet dans les guides espagnols, français ou autres. 



Depuis ma visite à Mayorque et à Minorque, plusieurs publications ont parlé 
des monuments primitifs, notamment le Boletin de la Sociedad Arqueologka 
Luliana, de Palma, et la Revista de Menorca^ de Mahon. Les unes sont dues à 
mes aimables compagnons de promenade, qui racontent ce que nous avons observé 
ensemble. Les autres ont été écrites à propos de mes diverses communications à Tln- 
stitut (Académie des Inscriptions), à la Société de géograpliic de Paris, au Congrès 
international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris. Les auteurs 
de ces articles, induits en erreur par les comptes-rendus des journaux, m'attribuent 
quelquefois des idées que je n'ai pas; mais je juge inutile d'insister. 








CHAPITRE II 



DESCRIPTION DES MONUMENTS 



On retrouve les vestiges dos villes primitives sous les forêts d'oliviers sauvages 
et de lenlisques aux épais rameaux. J ai pu suivre le développement de leurs mu- 
railles imposantes et retrouver le tracé de leurs principaux édifices. J ai pris plaisir 
à m'égarer au milieu de leurs ruines grandioses, que dominent des tours énîg- 
matiques, des pierres levées mystérieuses. Aux environs j ai rencontré des tom- 
beaux également construits en blocs énormes et suivant un plan défini. Ailleurs 
sont d'innombrables grottes creusées artificiellement au sein des falaises ou dans 
la roche tendre qui forme le sol. Examinons ces vestiges en essayant de les classer. 



LES VILLES OU BOURGADES 

Un certain nombre de cités antiques couvrent de leurs ruines des territoires 
bien délimités. Quelques-unes sont intactes; plusieurs ont été visiblement enta- 
mées par les travaux agricoles, et, sur d'autres points où nous ne voyons plus à 
la surface des champs que des monuments isolés et clairsemés, il est encore pos- 
sible, en cherchant bien, de retrouver les traces qui nous prouvent que là aussi 
furent des centres d'habitation. 

Ces vestiges disparaissent, et bientôt on pourra dire avec le poète : « Les 
ruines elles-mêmes ont péri! » 

Ces monuments, en effet, sont situés dans la partie la plus fertile et la plus 
peuplée de Minorque et de Mayorque. Les campagnards, dont le zèle est infati- 
gable, ont engagé contre les pierres en général une lutte incessante et vraiment 
courageuse. Depuis des siècles, ils épierrent leurs champs, et construisent avec 



12 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

ces blocs des murs épais et élevés qui surtout à Minorquedécoupenlles propriétés 
en une multitude de parcelles. Si vous sortez de la maison de ferme, un homme 
du pays vous conduira directement soit aux portes ménagées dans ces murailles et 
fermées à claire-voie, soit aux escaliers rustiques qui, formés par trois ou quatre 
pierres laissées en saillie, flanquent la muraille et permettent de passer de Tautre 
côté. Mais si vous traversez le domaine sans guide, vous perdez votre temps à esca- 
lader les murs, et, à la longue seulement, vous pouvez acquérir assez d'expé- 
rience pour éviter les écroulements qui vous entraînent et vous jettenl à terre. 

Les paysans ne se contentent pas d'enlever les pierres qui émergent du sol, 
ils arrachent péniblement les roches sous-jacentes ; si la terre est trop rare sur 
un point pour mériter un tel labeur, ils la ramassent avec soin et lapporlent à 
de meilleurs endroits. Ils sont en somme payés de leurs peines par de magnifiques 
récoltes. 

Quand on les a vus à l'œuvre, on comprend qu'ils aient pu attaquer une 
énorme quantité de ruines, dont il reste ici et là des lambeaux ou seulement le 
souvenir. Ils ne se sont découragés que devant celles qui ne laissent pas un pouce 
de terre visible, tandis que cependant une végétation luxuriante s'élance du sein 
des entassements de blocs et les recouvre d'un feuillage épais. 

La nature s'est ainsi mise à l'œuvre pour détruire les vieux édifices bientôt 
après leur abandon. Les vigoureux arbrisseaux de ce climat se sont emparés d'eux. 
Les racines ont grandi entre les blocs, et, avec cette force prodigieuse dont elles 
disposent, elles les ont lentement écartés; elles ont rompu l'équilibre des murs, 
et amené souvent leur chute. 

On voit très bien sur mes photographies celte exubérance de la végétation, 
notamment, sur la pi. XVIII, autour du monument principal, la zone boisée qui 
correspond à la superficie de la ville de Torre-d'cn-Gaimés ^ Les pi. I, II, IV et V 
montrent quel fouillis de verdure règne à l'intérieur des enceintes au pied des- 
quelles s'est arrêté le cultivateur. Ordinairement, pour pouvoir lever le plan 
des monuments, j'ai dû commencer par faire disparaître quantité d'arbres et 
d'arbustes. Ce n'était pas toujours aisé. A ce prix seulement, des photographies 
étaient possibles. 



1. Mes pliotolypies ont été imprimées avant le texte «le mon travail; je les ai comninniquées à 
M. Cardona y Orfila, qni a bien vouin me signaler nne suite d'erreurs dans Torlhograplie des noms. 
11 ne m'était plus possible de corrifiier les planches; mais dans le texte j'ai tenu compte des bons 
avis de mon excellent correspondant. Je dois ajouter, pour ma défense, que des cartes géographiques 
et des publications locales contiennent déjà les variantes que j'avais cru pouvoir adopter. 



LES VILLES OU BOURGADES. 13 

La situation des villes primitives est partout la même. On les rencontre géné- 
ralement à plusieurs kilomètres de la mer ; il semble que Ton avait déjà cette 
habitude constante des Baléares actuels, qui fuient les rivages et semblent vivre 
encore sous la terreur des Maures. L'aspect même de plusieurs villes vient appuyer 
l'hypothèse qu'elles avaient aussi à redouter l'invasion des pirates. Il en est, en 
effet, de très bien fortifiées, et la construction de leur enceinte défensive a 
certainement exigé un plus grand travail que l'édification de la cité elle-même. 

La petitesse du territoire, où plusieurs centres habités étaient garnis de remparts, 
semble peu favorable à l'idée que les insulaires auraient vécu sans cesse sur le 
pied de guerre, en lutte les uns avec les autres. On admettrait plus volontiers qu'ils 
étaient obligés de se tenir sur la défensive, harcelés par les coureurs de mer, qui 
ne manquaient pas à cette époque reculée, si l'on en croit les témoignages de 
Strabon et de Diodore. 

Mais ces villes closes sont en réalité petites ; elles m'ont fait l'impression de 
simples lieux de refuges où, à un signal d'alarme, la population pouvait s'entasser 
et trouver un abri sûr. Ce sont des acropoles, leurs habitants paraissent frères 
des antiques occupants de la Grèce et de l'Italie, il est naturel qu'ils aient eu 
les mêmes coutumes. Comme eux, leur premier soin fut de fortifier leurs bour- 
gades. 

Minorque est riche en cités bien conservées ; son sol rocailleux et souvent stérile 
a favorisé la permanence des ruines ; à Mayorque, l'agriculteur a pu les détruire plus 
aisément. Tantôt, comme à la Vela-de-son-Heroued, près Felanîtx (pi. XXXVIII, a), 
on a seulement conservé l'enceinte qui limite aujourd'hui un très vaste champ 
labouré; tantôt, comme à Artâ, l'enceinte de la vieille cité est rompue, mais 
une de ses portes au moins se dresse encore avec une certaine majesté (voir le 
dessin ci-dessus, p. 9); tantôt, comme à la Mola-de-Felanitx, il ne reste qu'un 
côté de grand mur (pi. IV et V) ; à Capcorp-Vell,dans la « marine » de Llumayor, 
on peut douter qu'il y ait eu jamais de muraille, mais les édifices sont nombreux 
et couvrent de notables espaces. Là devait être une ville importante. 

Combien la situation est différente à Minorque ! 

La plus vaste, du moins en l'état actuel des choses, est dans la possession, 
dite Torre-d'en-Galmés, au sud d'Alayor. En cet endroit s'étend une colline très 
peu élevée, mais assez pour dominer au loin la plaine, surtout du côté de la 
mer. Au point culminant se dressent trois grands cônes, alignés de l'est à Touest, 
suivant la direction de la colline (pi. XXllI, b); ils se sont écroulés et forment 
de grands chaos de blocs. Autour d'eux, notamment sur les pentes du midi, 



14 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

s'étend la cité, que les champs cultivés pénètrent par d'étroites langues de terre 
péniblement conquises. 

Elle ne parait pas avoir été limitée par des murs. Une autre exactement dans 
le même cas est celle de THostal (pi. VII et VIH), toute voisine de Ciudadela, com- 
plètement dégagée et déblayée par les soins intelligents de ses propriétaires, 
M'"*' et M. Gaspar Saura. Bien moins intactes sont les villes de Sant-Agusti et de 
Torrauba-de-Salort près Alayor, de Benimaimiit près Mahon. A Torellô, à Talati- 
de-Dalt près Mahon, ailleurs encore, deux ou trois édifices protégés par des 
circonstances spéciales ont seuls survécu. 

J'ai observé des fortifications bien conservées sur trois points seulement, tous 
les trois à l'occident de Minorque : Santa-Rosa, et Son-Carlâ, localités très rap- 
prochées au sud de Ciudadela, à moitié chemin de la mer, et Torre-Llafuda, à 
Test de la même ville. 



LES MURAILLES 



Ces enceintes, comme celles que j'ai vues dans Mayorque, sont construites 
avec des blocs énormes, bruts et irréguliers, juxtaposés et superposés avec soin, 
mais sans aucun équarrissage préalable. Généralement il y a au niveau du sol 
une assise établie avec des pierres posées à plat : c'est sur ce lit que reposent et 
se dressent, debout et bien calés, les grands rochers qui forment la base et en 
réalité la plus forte partie de la muraille. Ils supportent à leur tour des pierres 
moins volumineuses; à Son-Carlâ il y a un bloc de trois mètres sur trois, et bien 
d'autres à peine moins volumineux. 

L'appareil du mur à l'intérieur n'a rien de cette allure cyclopéenne. Il est 
constitué par des assises horizontales et assez minces de dalles (de 0",40 sur 0",26 
en moyenne) superposées à plat. La largeur varie : à la Vela-de-Son-Heroued elle 
n'est que de 3 mètres; elle atteint 4 mètres à Son-Carlâ, à Santa-Rosa et à Torre- 
Llafuda. Il ne me parait pas possible d'indiquer la hauteur primitive de ces 
murs : ils arrivent encore sur certains points à 5 mètres. 

Les murailles ont des directions variées; elles forment généralement des 
lignes droites et brisées, dont les tracés ci-joints, approximatifs, car je les ai 
relevés seulement à la boussole, peuvent donner une idée (fig. i à 3). 

A Son-Carlâ par exception, des tours flanquent la muraille ; elles sont formées 
par des constructions massives, pleines, de 6 mètres de longueur sur 2 mètres de 



LES MURAILLES. 



15 



dé 




ent, t< 

1res 
lafud; 



Dstru 
vec 
M du 






ttt form 
mètres 




largeur. L'une d'elles est aux environs immédiats de l'une des portes (fig. 2, G.). 
Mais il est visible, sur la photographie elle-même, qu'elles n'ont rien de com- 




FiG. 1. — Enceinte de la Vela-de-Son-Heroued, près 
Felanitx, Mayorque. Éch. OjOd/p.X. mètre. 

La partie extérieure de TB est photog. sur la pi. XXXVIII. 



Fio. 2. — Enceinte de Son-Carlà, Minorque. 
Échelle 0,0025 p.^mètre. 

La partie extérieure gg' est photog. sur la pi. XI. 





Fig. 3. — Enceinte de Santa-Rosa, Minorque. 
Échelle 0,0025 i).r mètre. 



Fig. 4. — Porte d'entrée de l'enceinte de Santa-Rosa. 
La partie EF est photographiée sur la pi. I. 



inun avec l'appareil cyclopéen et primitif de la muraille : leurs blocs sont menus. 
Leur date est probablement plus récente, sans qu'on puisse, bien entendu, la 

fixer. 

Mais cela suffit pour nous indiquer que les villes n'ont pas eu une existence 



16 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

éphémère, et que les causes qui avaient exigé leur fortification primitive exis- 
tèrent encore longtemps après. 

Les portes qui les traversent sont très bien indiquées sur mes photographies 
I, II, et l'une, k Santa-Rosa (pi. I), est encore praticable : haute de deux mètres 
et large de près de un, elle est accompagnée, en dedans du mur, de certaines 
constructions qui semblent véritablement avoir joué le rôle de corps-de-garde, 
(voir (ig. ACB du plan, fig. 3 et 4). A Son-Carlà, deux portes sont visibles; mais 
là aussi Tenceinte étant coupée sur plusieurs points, nous ne pouvons pas savoir 
s'il y en avait d'autres et combien. Dans l'enceinte de Torre Llafuda une porte 
est très bien conservée : c'est celle qu'on voit à gauche sur ma photographie; elle 
est remarquable par la dalle énorme qui forme son linteau. Elle est obstruée ; mais 
à quelques mètres de distance, à droite, on franchit actuellement le mur par une 
poterne étroite, également visible sur la photographie (pi. VI, a) et dont l'an- 
tiquité ne m'a point paru démontrée. 



LES CONSTRUCTIONS A L INTÉRIEUR, 
CAVES MÉGALITHIQUES, ÉDIFICE PRINCIPAL 



Franchissons l'enceinte. Entrons en ville. Les ruines sont étalées de tous côtés. 

Aucune voie principale ne se montre. Il semble que l'on communiquait d'une 
habitation à l'autre par des passages intérieurs. Les gens ont construit comme si 
l'espace était rare, comme si aucun chariot, aucune bête de somme ou de trait ne 
devait pénétrer avec eux. Toutes les autres villes m'ont fait à peu près la même 
impression. C'est seulement à Son-Carlà qu'il parait possible de discerner une sorte 
de place longue ou d'avenue au centre même de l'agglomération. 

Les édifices sont variés, la plupart carrés, ou plutôt rectangulaires, aux angles 
quelquefois arrondis. Ils se distinguent encore nettement. Des pans de murs émer- 
gent, de plusieurs pieds quelquefois, au-dessus des éboulis formés par la chute 
de la partie supérieure et de la toiture mégalithique des constructions. Ces cases 
ne paraissent jamais avoir eu de second étage; leurs dimensions varient de 3 à 
8 mètres. Des séries entières sont juxtaposées, et constituent comme un gigan- 
tesque damier. Çà et là les portes de communication sont intactes, et supportent 
sur leurs montants peu écartés (0°,80 en général) un volumineux linteau, sous lequel 



LES CONSTRUCTIONS, GAVES MÉGALITHIQUES. 17 

Les murailles de ces édifices sont formées d'assises inégales de pierres posées 
à plat; celles de Textérieur sont plus grosses que celles de l'intérieur (pl.Vl,B). 
Souvent la base est constituée à l'extérieur par une rangée de dalles placées sur 
champ. Celles-ci ont près de un mètre de hauteur; l'ajustement entre elles et avec 
les pierres qui les surmontent et qui continuent la façade est très soigné. Çà et 
là une pierre est entaillée à angle droit, et dans cette mortaise vient se loger 
la pierre voisine, comme on le voit sur la planche XLIl. 

Nulle part je n'ai vu l'assemblage polygonal régulier. 

Mais j'insisterai tout à l'heure sur diverses catégories de monuments prin- 
cipaux et sur les traits différentiels de leur construction. 

Les édifices dont je viens de parler ne sont pas les plus nombreux : d'autres 
dominent qui sont moins visibles au premier abord et d'un caractère barbare et pri- 
mitif. C'est seulement après avoir fréquenté les ruines qu'on les découvre et qu'on 
en saisit l'importance. Ce sont des galeries surbaissées, des caves qui passent sous 
les autres édifices, les entourent; qui suivent partout les ondulations du terrain 
et couvrent de vastes surfaces. Quand on parcourt la ville, on les foule aux pieds 
sans les reconnaître ; mais souvent un pilier s'est renversé, une dalle a cédé, un trou 
est béant. On peut descendre et circuler péniblement, mais non sans danger d'être 
écrasé ou cerné dans les galeries qui tiennent encore debout, mais qu'un choc 
léger pourrait ébranler. 

Ce sont, je le répète, de véritables caves, faites sans aucun plan, fabriquées 
presque toutes avec de grands blocs plats, longs et bruts. Le sol a été nettoyé, ap 
profondi, nivelé. De deux en deux mètres environ on a dressé des piliers soit mo- 
nolithes, soit de pierres superposées. Ces supports, étroits à leur base, plus larges 
au sommet, n'ont presque jamais hauteur d'homme. Sur eux reposent les bouts 
des grandes dalles du plafond (pi. IX). 

De faibles portions de ces habitations semi-souterraines avaient été observées 
par mes devanciers, qui avaient cru à l'existence de monuments spéciaux et isolés. 
J'ai constaté leur étendue, leur généralité. Si ce sont des habitations, elles sont 
les plus nombreuses, celles des humbles et des pauvres gens, tandis que les 
autres que nous avons signalées tout à l'heure, et qui les dominent, étaient réser- 
vées aux riches et aux puissants. 

J'ai dû me demander cependant si ce n'étaient pas des bergeries, et alors s'ex- 
pliquerait leur faible élévation, l",50 à 1",80, en moyenne. Des chèvres, des moutons, 
des porcs, auraient pu y être entassés aux jours de danger. Mais je ne soutiendrai 

pas cette hypothèse, bien que je n'aie pas un fait positif à présenter contre elle, 

3 



18 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

Ces caves sodI, ce me semble, trop oombreuses pour ua lel usage ; elles coustituenl, 
je le répète, la majeure partie des édifices des villes; elles se relient par des tran- 
sitions insensibles aux autres demeures. 

Les plans de plusieurs portions de ces caves (fig. 5 à 9j permettent de saisir 
l'agencement de leurs piliers de soutènement et de leur voûte. On remarquera 
que la roche entailléeaformé à l'occasion les parois verticales (fig. 6). Je signalerai 




Fio. 6. — Torrauba-dB- Salon. Fm. 9. — Llumasiiiel, cuuiie. 

Les Cuvas ou habiiatiunii mégalithiques de Minorque. Ëch«Ue 0,003°> p. l~,W uu ^. 

plus loin (fîg. 16, E, cd) des édifices semblables en connexionavec un des grands 
monuments de Torre-d'en-Galmés. Il m'eût été facile de multiplier ces plans, mais 
sans aucune utilité, puisque la disposition générale de ces monuments est presque 
toujours irrégulière, ayant dû se plier à toutes les exigences du sol, des con- 
structions voisines et des matériaux eux-mêmes'. 

Il en est tout autrement pour deux autres catégories d'édifices qui s'observent 
dans chaque ville, et que les antiquaires avaient depuis longtemps signalés, les 
uns sous le nom populaire de Talai/àt, et les autres sous k dénominatioD 
savante et erronée à'Altar ou plus rarement sous celle de Taiila. 

.\ltar veut dire autel. On expliquait en efTet ainsi ces monolillies énormes 

t. Ces Co vas sonl aoalogues au» cités souterraines fort curieuses qu'un a signalées dans le Puy-de- 
UAme, dans le Cantal et dans la Lozâre. J'ai visité celles-ci et puis g:u'anti[' la ressemblance pour le 
détail de la construction et pour l'ensemble. 



LES CONSTRUCTIONS, ÉDIFICE PRINCIPAL. 



19 



posés Tun sur Tautre en forme de T, et les piliers que Ton trouve généralement 
autour d'eux étaient considérés comme un cercle de pierres sacrées : on avait dans 
celte voie et sur ce thème brodé plus d'une théorie. (Voir ci-dessus, p. 4.) 

En arrivant à Minorque, je n'avais pas d'autre idée. Mais, après avoir étudié un 
certain nombre de ces monuments, après avoir dressé un plan détaillé de tout ce 
qui les avoisinait et comparé leurs plans, je compris qu'on avait fait fausse route 
et qu'ils avaient une tout autre destination. 

Ce monument se rencontre dans plusieurs villes, dans les mieux comme dans 




\Fj^ 




I 



Fio. 10. — Plan du monument principal de Talati-de-Dalt. 

(PL XIII et XIV.) 

A, entrée actuelle ; P, piliers de la voûte ; S, base du support 
annexe du pilier central. Échelle 0,005 p. 1,00. 



Fio. H. — Ruines du monu- 
ment principal de Torre-Tren- 
cada. (PI. XXIV et XXV.) 

AB, façade ; PP, piliers des murs 
et de la voûte ; S, support annexe 
de la dalle centrale de la voûte. 
Échelle 0,005 p. 1,00. 



les moins conservées, et il ne s'y montre qu'une fois. Les tours à part, c'est 
l'édifice le plus notable par l'ampleur de ses proportions, le volume et le travail de 
ses matériaux, l'originalité et la constance de son plan, l'excellence de sa situation. 

Il a la forme d'un hémicycle. Sa façade rectiligne occupe le diamètre. Elle est 
dégagée de toute autre construction parasite ou annexe, ce qui n'est pas le cas 
pour les trois autres côtés. Elle est formée tantôt par un mur ordinaire, tantôt 
par de grandes dalles dressées et alignées avec soin. 

Cette ligne de façade n'est pas continue : le mur a des lacunes ; dés dalles 
manquent. 11 semble qu'il y ait eu là une ou deux portes à peu près symétriques. 
Mais nous n'avons pas pu discerner ce qui, dans ces lacunes, revient soit aux 
aménagements primitifs, soit aux altérations accomplies depuis des siècles par 
les habitants successifs de la contrée. 



so 



MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 








• U,A - ^^ -jp^jJ--^^ 



FiG. 12. — Plan du monument de Torre-Llafuda. (PI. XXVII.} 

PP, piliers encoro debout ou renversés; O, pierre centrale de la 
voûte tombée sur le sol; AB, pilier:! des murs supportant encore 
leur couverture ; C, dalle de la voûte fracturée sur un pilier : 
S, support annexe du pilier. Échelle 0,005 p. 1 mètre. 



Les angles sont particulièrement établis avec soin ; leur maçonnerie a mieux 
duré que celle du reste de la muraille. Celle-ci, le long de la courbe, est tantôt 

ordinaire, avec des assises plus 
massives en dehors qu'en dedans, 
tantôt garnie à la base par une 
rangée de gros blocs debout qui 
ont la moitié de son épaisseur : 
ces blocs oiïrent parfois des mor- 
taises 011 se logent exactement les 
pierres moins volumineuses de la 
partie supérieure du mur. 

De distance en distance de 
forts piliers monolithes sont ados- 
sés à la muraille, ou même en- 
châssés dans sa masse ; ils figurent 
assez bien, par la direction de leur 
axe longitudinal, les rayons de Thé- 
micycle, surtout à Binimaimùt. 
11 est facile de reconnaître que le mur arrivait autrefois jusqu'au sommet des 

piliers les plus élevés, et, sur de rares points, ce mur, encore intact, a conservé les 

premières d'elles horizontales , 

qui, se recouvrant et avançant 

Tune sur laulre, formaient la 

voûte par encorbellement. 

Au centre de Thémicvcle est 

une colonne plus volumineuse et 

plus haute que toutes les autres, 

pénétrant profondément dans le 

sol, et destinée à supporter une 

grosse dalle rectangulaire. Les 

deux pierres sont travaillées avec 

soin sur toutes leurs faces. Quel- 
quefois, pour mieux consolider 

cet assemblage en forme de T, la 

base de la pierre horizontale a élé creusée d'une j^^aine ayant exactement les di- 
mensions du sommet du supporl, <|ui pénètre ainsi de plusieurs centimètres dans 









9 
i 



O-A 



Fio. 13. — Plan du inonmiuMU (1<> Hiniinaiinui. (PI. XXVI. i 

A, ontri'o, PI*. pilierK: \\\\. pili«*rs ouoi>re r«»r<mverls do lour couverture; 
ri), fa(;a(ie «le MaU«?s dehtiut. KohoUo 0.»»t'."» p. 1 mètre. 



LKS CONSTRUCTIONS, EDIFICE PRINCIPAL. 




Kchelle O.OOS 



de Torrauba-de-Salorl. {PI. XVI e 
rlmMr«..oil^. 



la masse de son chapeau (à Torre-Llafuda). Dans un autre monument, àTorrauba- 
de-Salort, en taillant la dalle dressée, on lui a laissé une plus grande épaisseur au 
milieu et de haut en bas. 
Ailleurs, à TalaU-de- 
Dalt et à Torre-Tren- 
cada, le bloc horizontal 
est arc- bouté par une 
colonne additionnelle 
mise au point qui de- 
vait porter le plus grand 
poids. Le chapiteau , 
malgré son ampleur , 
étant très stable sans 
leur secours, ces con- 
treforts n'auraient au- 
cune raison d'être s'il n'y avait pas eu de toiture à la construction. 

A Torre-Llafuda, par exception unique mais démonstrative, ce T est rejeté sur 
le côté : c'est un des piliers flanqués dans le mur circulaire. Un support de la 

façade atteint presque le même vo- 
lume, et soutient un bloc presque 
aussi gros (fig. 12). 

La solidité de cette colonne n'était 
pourtant pas à l'abri des accidents. 
La chute partielle de la voûte a pu 
rompre l'équilibre, faire peser sur un 
angle du chapiteau un poids non ba- 
lancé, et entraîner la chute du bloc. 
Les bergers désœuvrés et les ou- 
vriers maçons comptent certainement 
aussi parmi les auteurs de ces dégra- 
dations. A Uinimaimût, le pilier lui- 
A.Biiirt»;B.c.|)iiier»d«s tnurs;p, piu«rcBnirai:o, mêmc porle des Iraces de l'exploi- 
tation par un carrier (pi. XXII) ; à Be- 
nicodréll, à Torre-d'en-Galmés, à Son-Carlâ, le chapiteau git au pied de son support 
parmi les longues dalles de la voûte écroulée fpl. XIX, c; pi. XXI, a). 

Lorsque la distance entre le pilier central et ceux du pourtour était trop con- 




J ^. (PI. XVIIl et XIX.) 



(»(9 



MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 



Ph. 



© 




X •. ! \-. ■< : V ! 



sidérable pour la grandeur des dalles dont on disposait, on avait recours à des 
supports intermédiaires, qui sont encore visibles, soit debout, soit renversés. En 
outre de ces monolithes, qui se reconnaissent au milieu des éboulis, grâce à leurs 
dimensions excessives et à la taille soignée de leurs faces, il pouvait y avoir des 
piliers en plusieurs pièces, dont les pierres superposées ont sans doute cédé sous 

le poids de la voûte, 
entraînant ainsi la 
ruine de la construc- 
tion. 

Ces colonnes ainsi 
coiffées ont naturel- 
lement attiré latten- 
tion du peuple. Les 
passants profitent de 
la mollesse de la 
pierre pour y graver 
leurs noms, surtout 
à Benicodréll et à 
Trapuco. Mais, dans 
Tesprit, strictement 
catholique aujour- 
d'hui, des habitants, 
aucune tradition n'a 
duré, aucune légende 
n'a surgi. L'indiffé- 
rence pour ces vieux débris d'un passé si curieux est complète dans toutes les 
classes de la population, et en dépit des louables efforts d'un très petit groupe 
d'artistes, d'archéologues et d'ingénieurs. 

Qu'était ce monument singulier que j'ai retrouvé dix fois à Minorque, aux loca- 
lités dites Son-Carla(phot.XX et XXI), Torre-Trencada (fi};. ol phol.XXlVetXXV), 
Torre-Llafuda (fig. 12 et phot. XXVll), Bcnicodréll-dc-naix, Torrauba-de-Salorl 
(fig. ii et phot. XVI et XVll), Torrc-d'en-Galmés (fig. 15 el phol. XVIIl et XIX), 
Trapucôfphot. Xll), Talati-de-l)alt ((ig. 10 etpliot. Xlll el XIV), Binimaimul (fig. 13 
et phot. XXVI), Sa Torreta? Etait-ce un temple? un palais, d'une splendeur relative 
et modeste bien entendu? Je l'ignore, et je me contente d'insister sur la fixité du plan. 
J'ai rencontré à Torre-d'en-Galmos un édifice au moins aussi considérable mais 




Fio. 16. — Les monuments cirrulaires de Torre-dVn-Galmé». (PI. X et XI.) 

.^. entrée: B, seconde entrée; PPP, piliers dn soutenoment ; 6', muraille tr^^ bien «tablio 
entre doux piliers monolithes; C-D, plafond d'une cova inférieure; E, entrée d'une 
cova adjacente; O, F, pierre du plafond encore en place; HHII, piliers formés par des 
dalles debout. Échelle O.OOA p. 1 mètre. 



LES TOURS OU TALAYUTS. 23 

d'un plan différent : il est rond; le grand pilier central fait défaut; de plus petits 
sont encore intacts; il y a des restes bien visibles de murs intérieurs h peu près 
concentriques à l'enceinte, une porte basse, un vestibule, et, au dedans ou au 
dehors, des caves mégalithiques qui longent le mur et s'appuient sur ses assises 
inférieures (pi. X et XI et fig. 16). 

De curieuses constructions confinent à ce monument. L'une d elles, circulaire, 
ayant un pilier unique au centre, a conservé en place une des pierres de sa cou- 
verture ; les autres, à leur rang, gisent au pied des piliers. Cette ruine a de loin, cl 
notamment sur ma photographie, une certaine ressemblance avec un dolmen 
en partie démoli; mais, en réalité, c'est tout autre chose; on en jugera d'après 
la vue photographique (pi. X) et d'après le plan {fig. 16, fgh). 

Je n'ai rîen vu dans les Baléares, je dois le dire à celle occasion, qui soit 
analogue aux dolmens soit de France, soit des autres pays. 



LES TOURS OU TALAYbTS 



Le nom que les habitants donnent à ces monuments est dérivé de celui d'Ata- 
laya en castillan ou de Talaya en minorquin, par lequel on désigne les tours 
à signaux si communes sur les côtes des lies Baléares, et qui, après avoir servi 
jusqu'en 1830 à surveiller les descentes de pirates, furent utilisées comme télé- 
graphes aériens. Atalaya est un mot arabe ou dérivé d'un mot arabe qui veut 
dire « vigie ». 

Les talayots sont des constructions en forme de tour, légèrement coniques, 
rondes et quelquefois carrées. Aucune d'elles n'est absolument intacte. Le sommet 
présente toujours un certain bouleversement qui ne permet pas de reconnaître 
l'état primitif. Était-ce une plate-forme ou une sorte de dôme? Je ne le sais. 
J'ai pourtant observé à Torrauba-de-Salorl un détail qui doit avoir à cet égard 
une certaine importance. La tour est des plus hautes. Au sommet et à deux pas 
du centre glt une grande pierre de plus d'un mètre de diamètre (l°',2.o) en forme 
de champignon épais, assez bien circulaire, plate d'un côté, et ayant de l'autre un 
large mamelon en saillie. Il serait possible que ce bloc eût couronné jadis le 
point culminant de l'édifice. 

Les plus grands talayots que j'ai visités sont ceux de Moréll près la baie d'Al- 



34 MONUMENTS PltlMITlFS DES BALEARES. 

cudia (.Mayorque) et de Torre-Llafuda (Minorque). Ils ont près de 16 mètres de 
diamètre à la base et li au sommet; beaucoup d'autres ont des proportions 
analogues. La hauteur du second est de 12 mètres. Les talayots entiers de Saat- 
Agusli et de Torre-Nova, celui-ci a même deux étages, n'ont que 6 mètres de 
haut. Bien rares sont ceux qui dépassent cette élévation. 

Les blocs qui les composent sont tantôt bruts, simplement choisis, tantôt 
épannelés. ou même, dans certains cas, complètement taillés. Dans le talayot de 
BenicodrélI, les pierres ont une régularité parfaite ; elles sont tout à fait ajustées, 
et témoignent d'un art perfectionné. Dans le talayot de Torellô, la partie supé- 
rieure est presque aussi bien soignée ; 
elle contraste avec la partie inférieure, 
grossière et primitive. On doit ad- 
mettre que la tour dans son ensemble 
date de deux époques, et le simple 




Fio. n. — Talsyot île Sa-AjjuiU, pri^» Capecorp-vall, Mayon|ue. Kchollc 

AU. g)i]srie d'eDirita ; D, pllisr csDtral : OC, crjpts iDl<ri«ars. 



examen de mes photographies (pi. XXXVIII et XXXIX) permet de distinguer les 
eux constructions. 

Les blocs ne sont jamais dressés en hauteur, mis sur champ, comme il arrive 
dans les autres monuments : ils sont toujours ù plat, ce qui assurait une plus 
grande solidité. Les murs ont une épaisseur étonnante : les constructeurs ne 
reculaient pas devant un travail formidable. Les blocs atteignent en efifet souvent 
un gros volume : 2 et 3 mètres cubes, et ceux-là sont parfois placés dans les 
rangs supérieurs. 

La construction est formée par une série d'assises assez régulièrement super- 
posées, et qui étaient sans doute entièrement construites l'une après l'autre. La 
largeur de la muraille permettait de peser sur elle sans crainte de l'ébranler, et 
de charrier par-dessus les larges dalles destinées à former le plafond des chambres 



LES TALAYOTS. 



Quelquefois les matériaux employés étaient facilement attaqués par les agents 
atmosphériques, et alors des monuments très voisins, tels que ceux de Moréll 
(pi. XXVIII et XXX), offrent des aspects tout différents : l'un a gardé ses parois 
intactes, l'autre n'est plus qu'un amas carré de blocs bouleversés. Une de mes 
photographies (pi. XXXI) montre le talayot de Son-Oliver, Mayorque, dont les 
pierres s'elîritent et tombent en poussière. 

Laplupart des talayots renferment une simple chambre, d*au très ont des cavités 
plus compliquées. 

Les parois de ces cryptes intérieures ne sont plus bâties avec des blocs volu- 
mineux : leur appareil est de dimen- 



y^MJ// 



sion beaucoup plus modeste. Grâce 
à l'état de ruine de ces monuments, 
j'ai pu photographier l'intérieur de 
celui de Moréll (pi. XXIX) et de celui 




de Cafiamel près Arta (pi. XXXIV). Les pierres empiètent l'une sur l'autre et sur- 
plombent peu à peu, comme pour former une voûte; mais jamais la voûte n'est 
terminée suivant ce système qui est, dit-on, la règle pour les Nuraghes de Sar- 
daigne. Les murs étaient encore éloignés l'un de l'autre, le vide était encore 
grand lorsque les constructeurs posaient de larges dalles en guise de plafond, et 
clôturaient la chambre. 

Si la chambre était vaste, on plaçait au centre un pilier fait avec de gros blocs 
superposés : trois ou quatre énormes rondelles suffisaient pour former une colonne 
de soutènement dont le sommet supportait une série de dalles rayonnant sans 
symétrie. C'est ce qui existait à Moréll. Sur la photographie, en a, se voient les 
deux blocs les plus élevés de la colonne. C'est ce que j'ai vu aussi dans un talayot 
de la marine de Llumayor (fig. 17). Quand un seul pilier paraissait insuffisant. 



iti MftNUMKNTS PRIMITIFS DES BALK\RKS. 

on iMt c'onRlrtiisiiil iteux cl môroc (i-ois. C'esl ie eus du Uiuyul de Saat-AgusU, 
diml lii»;otiservalioD, à l'inlérieur, est [larfaitc (fig. 18i. 

Il est arrivé fnîqueminenl que l'on a coDsidcré un (alayot comme uae carrière 
di> |iicri-e à biltir, et on a été déterminé par sa présence pour le choix de l'cmpla- 
criiu-nl d'une métitirie à construire. Ccllc-ci s'est élevée, et le talayot a disparu. 
Sos (rares existent parfois. Non loin de M.untuiri, Mayorquc, au pied de la métai- 
rie de Son-Sabo, il ne reste que 
deux ou trois blocs des murail- 
les, mais le pilier est encore de- 
bout fpl. XXXVIIi. Sur le coteau 
immédiatement voisin, il y a en- 
core un grand cercle de pierres 
au niveau du sol : c'est la ran- 
gée extérieure dos blocs du sou- 
bassement; au centre, on voit 
aussi la base de la colonne. Il y 
avait là un groupe de lalayots. 
Un d'entre eux, le plus petit, a 
été transformé en four à chaux, 
peut-être dès l'époque romaine, 
dont les vestiges se rencontrent 
aux abords, a Ia: four à chaux, 
me disait un membre de la So- 
ciété archéologique Luliana, est 
vénlublcmenl le grand mangeur 
de nos talayots*. » Tous ceux 
de Palma, quinze ou vingt, ont 
disparu grilce à lui. 
n-.-i.oW. [■ iin.-irf-i.ii-i. Les chambres même avec 

[dusii'urs piliers n'ont pas une 
grande >urrare. r.elU- d.' San(-.\gusli a bien sept mrhvs sur six. Mais elle est 
rir^uiaiiv. cl il faut on oulre défalquer l'espace occupé par les piliers. La courbe 
dos parois commence en général à deux niclrcs do Iiauleur; sur quelques points 




an niveau du sol. Au demeurant, c'est un fuble cube que rbomme pouvait utiliser. 
Késullal bien modeste pour 
un si long travail I 

Lorsque le pilier central est 
formé par une maçonnerie vo- 
lumineuse comme à l'Hostal, 
la cavité est réduite à un cou- 
loir circulaire de un à deux 
mètres de large sur vingt de 
long et deux de haut. J'ai exa- 
miné ce monument avec une 
attention suffisante pour pou- 
voir affirmer que cette galerie 
ne donne accès à aucune crypte 
et ne conduit pas à un étage 
supérieur : c'est pour elle seule 
qu'on avait construit le talayot. 

Celui de Torre-Nova-de- 
Lozano présente au contraire 
deux cavités superposées, mais 
de proportions très inégales. 
L'inférieure est une chambre 
ovale de quatre mètres sur six. 
Quand on y pénètre, on voit, 
à gauche, dans la paroi, au- 
dessus du sol, une ouverture 
qui parait être d'abord une 
fenêtre obstruée. Nullement 
c'est l'entrée d'un passage mé- 
nagé dans le mur et ascen- 
dant. On le franchit tantôt à 
genoux, tantôt en rampant; 
il est douteux qu'il fût autre- 
fois beaucoup plus praticable. 
Ce couloir, à deux mètres de son entrée, tourne brusquement et vous conduit sur 
les dalles qui constituent le plafond de la salle inférieure ; là il s'élargit en hauteur, 




Fio. 20. — TaUïot de Torro-Noia-de-I.oiaiic près Ciiidail)-!». 

fidielle 0,005 p. I mètre. (PI. XXXV.) 

AB, eninte: BC, crypta; E',eucraedu punage murs] ; KO, cry|iM lupêricure 



28 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. 

el, quatre pas plus loin, il est clôturé par la maçonnerie. L'état de ruine de la 
façade du talayot ne me permet pas d'affirmer qu'il y avait au-dessus de la porte 
d'entrée une ouverture donnant du jour à cette petite cellule supérieure. J'attri- 
buerai cependant volontiers à la rupture du linteau ou des montants de celle 
fenêtre la chute de cette partie de l'édifice. (Fig. 20.) 

Je n'ai pas constaté ici, comme à Torellô, des traces d'un remaniement de la 
construction, d'une addition correspondant au second étage. Au contraire, l'édi- 
fice a été fait tel quel tout d'abord, 
et on comprend ici l'utilité de l'épais- 
seur du mur dans lequel on devait 
établir un passage. 

D'autres talayots avaient de tels 
conduits; mais les éboulemcnts ont 
été, semble-t-il, facilités parl'existeDce 
de ces vides, et on ne peut pas don- 
ner une restitution même approxi- 
mative du monument complet. Un 
talayot très voisin de la ferme de 
Biniatzem est dans ces conditions. 
A sa base, une entrée remaniée donne 
accès à un corridor courbe et large 
de 0',90, dont les parois sont dres- 
sées sans soin. Le long, le sol est 
d'abord horizontal, puis s'élève par 
des escaliers successifs et réguliers. 
Le plafond , formé par des dalles 
transversales, est seulement à un mètre de hauteur sur le seuil; il s'élève 
immédiatement à l^.SO et à l'*,40 au-dessus de la première marche. 11 se 
maintient à cette dislance jusqu'au bout de l'escalier, où il redescend à un mètre. 
A la sortie, on se trouve sur la plate-forme actuelle du talayot. 

Son voisin, dit Pou-de-Torn, possède une galerie transversale, mais horizon- 
tale, où l'on ne peut plus pénétrer el dont les extrémités sont méconnaissables. 
Plusieurs talayots enfin ont des cavités irrégulières bizarres; on trouvera ici le 
plan de l'un d'eux, très exactement dressé [lar M. J. Pons y Solcr. (Fig. 21.) 

J'ai vu un assez grand nombre d'entrées de talayofs pour pouvoir assurer qu'elles 
se ressemblent toutes et que celle de notre pi. WXVl donne une idée parfaite 




— TalBjol de FoatsreilonaB. 
isin de M. J, Ponsj Soler. Or. 



LES TALATOTS. 29 

du type ordinaire. Ces ouvertures, encadrées par de très gros blocs, ont générale- 
ment une élévation suffisante pour donner passage à un homme debout ou légè- 
rement courbé. Aucune trace de fermeture ne se montre, aucun travail n'a 
régularisé les pierres bien choisies qui forment le couloir à travers le mur épais. 

Mais le plus souvent Tentrée est inaccessible : elle est cachée sous les éboulis 
entassés au pied du talayot, formés par les blocs d<îscendus du sommet et mêlés 
aux ruines des constructions adjacentes. Il faudrait, pour la retrouver, enlever ce 
talus; et peut-être, après avoir accompli à grands frais un gros travail, ne rencon- 
trerait-on qu'une porte écroulée, tellement obstruée qu'il faudrait renoncer à 
tenter le déblaiement. 

Les talayots que les cultivateurs et les ouvriers ont entamés formaient tous des 
masses compactes et chaotiques. Si à mes observations personnelles j'ajoute celles 
des témoins de ces destructions anciennes, je puis assurer qu'ils étaient depuis 
longtemps désorganisés. C'est justement le propre de ce genre de construction que 
les grands blocs extérieurs et supérieurs surtout, pesant de tout leur poids sur les 
murs intérieurs, augmentent l'intensité de l'ébranlement qui vient à se produire 
sur un point, et précipitent alors la chute des voûtes et l'écrasement des galeries. 

Les murs intérieurs étaient, comme je l'ai dit, assez mal soignés, et leurs maté- 
riaux étaient de taille relativement menue. 

J'ai rencontré plusieurs talayots qui présentaient une particularité curieuse 
et bien embarrassante au premier abord : ils semblaient avoir été augmentés 
régulièrement de tous côtés. On constate en effet une masse intérieure bien dé- 
limitée, aux parois bien dressées, et tout autour l'addition d'un mur circulaire de 
quatre mètres d'épaisseur. J'aurais admis volontiers que la construction primitive 
avait paru insolide, et qu'on avait jugé utile de prévenir sa chute en la revêtant 
d'une chape bâtie en plus gros blocs et d'une solidité définitive. C'est l'hypothèse 
qui paraissait la plus logique en face des talayots de Benicodréll-Nou, de Sant- 
Agustf, de Son-Moréll-de-Baix (Minorque). Mais, après avoir étudié celui de 
l'Hostal et tant d'autres, j'ai pensé plus probable qu'il avait existé autrefois une 
galerie intérieure circulaire, étroite, dont la partie supérieure et la paroi excen- 
trique ont disparu. Si l'on regarde ma phot. pi. XL, on verra l'un de mes 
guides à la place même qu'occupait la galerie, et le chien est probablement au 
niveau du plafond disparu. Que le lecteur remette sous ses yeux le plan du talayot 
de l'Hostal (fig. 19), et il comprendra la vraisemblance de mon explication. 

On avait supposé, et c'est surtout le talayot de Benicodréll-Nou qui donnait 
une base à cette opinion, que des talayots avaient des rampes extérieures donnant 



30 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. 

le moyen d'arriver aisément sur leur sommet, sur leur plate-forme. Or, je n'hésite 
pas à refuser absolument cette assertion. La rampe du talayot de Benicodréll-Nou 
et autres n'ont aucun caractère d'ancienneté. Elles sont faites avec des blocs 
éboulés; elles ont été rendues possibles par la ruine partielle du monument. 
Encore aujourd'hui des campagnards transforment leur talayot en un belvédère, 
en un mirador ; on facilite la montée par des rampes ou par des escaliers. Il en 
était de même dans les siècles passés. 

Voilà tout ce que j'ai pu apprendre sur les talayots : ce sont des édifices qui, 
dans un cube formidable de matériaux parfois très volumineux, offrent des cryptes 
toujours exiguës et de formes assez variées ; la porte est presque toujours au niveau 
du sol, rarement plus haut. Un petit nombre avait deux étages. L'étage supérieur, 
sauf dans un seul cas, est tellement démoli qu'on peut le déclarer inconnu. On 
ne sait si la grande ouverture que l'on observe à la hauteur du second étage, 
dans deux ou trois talayots, est une fenêtre ou une porte à laquelle on serait par- 
venu au moyen d'échelle, bien que l'escalade à l'aide des pieds et des mains seu- 
lement ne soit nulle part difficile. 

Étudions maintenant la situation des talayots. Dans la ville de l'Hostal, nous 
en voyons trois placés en triangle, et nous pouvons penser qu'il n'y en eut pas 
d'autres. Ils paraissent à peu près à la limite des constructions. Je dis ils parais- 
sent, car je ne suis pas certain que l'agriculture n'ait beaucoup réduit la cité, 
dont aucune muraille ne vient préciser le pourtour. 

A Son-Carlé, il y a deux talayots, et il ne paraît pas que ce nombre ait été jadis 
supérieur. L'un d'eux est à l'intérieur, vers le milieu de la cité. Le plus volumi- 
neux est au sommet de la colline, contre le rempart, auquel il est rattaché par une 
sorte de mur circulaire qui enveloppe sa base et par d'autres constructions ruinées 
comme lui. 

A Santa-Kosa, on n'en rencontre que deux; mais nous ne connaissons 
qu'une partie de la ville. Sur l'emplacement de l'autre partie, s'élève une vaste 
habi tation moderne qui pourrait bien avoir absorbé les pierres de plusieurs talayots. 
Un des trois est au centre de constructions antiques; un autre est sur le passage 
du rempart, qui s'interrompt contre lui; le troisième, qui est douteux et pourrait 
cire un monument d'un autre genre, se voit h droite d'une porte de la ville, inter- 
calé dans la fortification (voir fig. 2). 

A Torre-d'en-Galmés, trois talayots se dressent presque contigus au sommet 
de la colline et par suite au centre de la ville (pi. XXllI). 

Ailleurs, dans certaines localités où les ruines abondent, où nous avons retrouvé 



LES TALAYOTS. 31 

le plus souvent Tédifice à T, où nous avons le droit de voir remplacement de 
centres habités, nous trouvons de semblables petits groupes de talayots, jusqu'à 
six ou sept, comme à Capecorp-Nou de Mayorque, plus souvent deux ou trois, 
édifiés à des distances inégales. 

Il convient de ne pas exagérer ma pensée, et de ne pas s'imaginer que partout 
où il y a des talayots il y eut une agglomération de demeures. Il y a des talayots 
dans toutes les villes incontestables, et il n'y a pas de monument à T qui ne soit 
accompagné d'un ou plusieurs talayots. Mais il est très probable que bon nombre 
de talayots ont été isolés. C'est ce qui ressort de l'examen même de certaines 
régions où ils abondent, où il y en a vraiment trop pour qu'on puisse imaginer un 
réseau de centres habités qui les comprendraient tous. 

Serait-il possible que les talayots eussent préexisté à toutes les constructions 
et qu'ils eussent en partie servi de points de ralliement? Ce serait ainsi qu'on en 
trouverait un ou plusieurs par hasard dans chaque ville. J'avoue que je n'ai 
jamais trouvé de continuité entre les murs de ces monuments et les autres. Bien 
au contraire, il y a simplement juxtaposition, quelquefois même un changement 
d'appareil. L'appareil des talayots est différent de celui des murailles, de celui de 
la plupart des autres monuments que contiennent les villes. De sorte que cette 
hypothèse de l'antériorité du talayot serait acceptable, et elle est soutenue par 
mon savant ami M. F. Cardona. Faudrait-il admettre que le talayot ne cessa pas 
d'être utilisé aux mêmes usages?. On ne sait. 

Lorsque j'aurai dit que ces monuments ne sont pas toujours placés sur les 
points culminants du pays, j'aurai terminé le chapitre qui les concerne. Beaucoup 
sont sur les hauteurs, et, Iwsque le général Ibanez fit la triangulation de l'archipel, 
il put en prendre plusieurs pour bases de ses opérations. On trouve au sommet 
des talayots de Torre-Llafuda, de Torellô, etc., les piles de l'éminent géographe. 
Ces talayots dominent au loin. D'autres, sans avoir une vue aussi étendue, per- 
mettent de parcourir d'un regard un territoire riche en ruines antiques. Du haut 
du talayot de Benicodréll-Nou, j'en ai compté dix-neuf autres. Furent-ils inten- 
tionnellement mis ainsi en rapport? Non. Il faut observer que, dans un tel pays, 
il suffit de s'élever à peine pour agrandir singulièrement l'horizon. Ce qui est 
certain, c'est que les talayots occupent aussi les dépressions, légères d'ailleurs, 
de la plaine. 

Sommes-nous en mesure de déterminer quelle fut leur destination? Aucun 
des détails que nous avons relevés n'est significatif ; aucune des hypothèses que 
l'on a faites ne trouve en eux de confirmation . 



32 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES, 

Nous avons essayé de procéder par élimination, mais nous avons été bien 
vite aussi embarrassé. 

Le talayot n'est pas une forteresse : il n'en a pas les conditions élémentaires. 
Si plusieurs, grâce à leur état de ruine, pourraient être considérés comme des 
tours dont la plate-forme était accessible par un escalier intérieur, d'autres suffi- 
samment intacts n'étaient pas bâtis en vue d'une utilisation quelconque de leur 
sommet, mais simplement en vue de l'établissement d'une crypte intérieure 
simple ou composée. L'introduction d'un talayot dans le tracé des remparts de 
Son-Carlâ et de Santa-Rosa n'a probablement pas d'autre but que l'économie d'un 
pan de muraille. Ce serait l'analogue du fait que j'ai constaté plusieurs fois en 
France, où des dolmens, c'est-à-dire des tombes de la fin de TAge de la pierre, ont 
servi à limiter des possessions territoriales, et se trouvent englobés dans les murs 
mitoyens. 

La crypte, quelles que soient ses dispositions, est toujours trop exiguë pour 
avoir abrité plus d'une famille. Ce n'est pourtant pas une habitation ordinaire, 
puisqu'on n'en trouve que six ou sept au plus dans les cités les mieux déterminées 
et les plus considérables. 

Est-ce un magasin? Quelle est donc cette chose de si grande valeur, qu'on 
élevait pour la conserver un tel monument? Nous avons peine à croire que les 
trésors, qui étaient en Orient une illusion des anciens archéologues, soient ici 
une réalité. D'ailleurs, il y en a trop : trouverait-on dans les deux îles près de 
600 talayots debout ou disparus du sol, mais non de la mémoire des habitants? 
Il y en eut davantage. Si je ne me trompe, on peut dire que les soi-disant trésors 
de la Grèce n'étaient que des tombeaux. Serait-ce ici le même cas? Il est établi 
par des observations attentives que le talayot ne surmonte aucune cavité souter- 
raine. Lorsque la charrue a labouré leur emplacement, elle n'y a rencontré aucun 
débris humain*. On dira que la crypte avait été dépouillée des corps à 1 époque 
romaine ou plus tardivement, et qu'elle avait ensuite servi à un tout autre usage. 
Il est aisé de répondre que les monuments funéraires, donl nous n'avons encore 
point parlé, mais qui existent et que nous distinguons à merveille des talayots, 
malgré certaines similitudes de construction et de dimension, ont aussi été 
violés plus ou moins anciennement, et qu'ils n'ont pas perdu, eux, ces vestiges. 



1. Ramis dit qu'on y a rencontré des urnes et des os, il ne précise pas davantage. M. J. Pons y 
Soler observa au fond d'un talayot des silos qu'il nomme funéraires, mais sans l'établir. Ces faits 



I, 




Fia. 23. — Coupe e 



34 MONUMENTS PRIMITIFS DBS BALKARES. 

lu mâme forme qu'à la navela d'Es Tudôns. On les appelle <> galères ». Cela prouve 

qu'il ne faut pas ajouter beaucoup d'imporlauce à la forme de la naveta d'Ës 

Tudôns, quand bien même il se- 
rait acquis qu'on a voulu imiter 
un bateau renversé. Il n'est pas 
besoin de se mettre à la recherche 
des idées qui, dans d'autres pays, 
ont conduit les gens à placer effec- 
tivement les morts dans une bar- 
que véritable : de tels documents 
n'ont rien à voir ici , où nous avons 
une trop grande somme d'inconnu 
pour essayer raisonnablement la 
restitution des motifs, des tradi- 
tions, des mythes qui régnaient 
dans l'esprit des anciens habi- 
tants. 
La façade de la naveta, la poupe, est légèrement concave. En bas, au centre 

est l'entrée, qui n'a guère que 0" 50 de largeur sur 0" 72 de hauteur On voit . 

immédiatement combien elle est 

différente de celle que nous ont 

présentée les talayots. Les blocs 

decetleentréeontlelongdu bord 

une étroite dépression, une feuil 

lure qui contourne l'ouverture et 

permettait l'emboîtement d'une 

fermeture. Le seuil franchi, on 

trouve un passage plus élargi , sur 

tout plus haut; on peut même 

se mettre droit, et peut-être y 

avait-il là un vide en forme de 

cheminée {sb). Puis, vers le troi 

sième mètre, le couloir est de 

nouveau rétréci brusquement au- 
tant qu'à l'entrée. C'est ici le seuil du caveau proprement dil, dont les blocs 

éboulés ferment le passafie. Mais on peut pénétrer \>uv la brèche du toit, et, 




36 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. 

m'ont donné une impression contraire. Je suis tenté de croire que toutes ces na- 
vetas se terminaient par un plateau. 

J'en ai vu plusieurs autres construites suivant les types d'Es Tudôns et de 
Hafâl Rubi, autant qu'on en peut juger par leurs ruines. Celle de Sanla-Mônica, 
à Minorque, n'a rien de notable. Il n'en est pas de même du groupe de Calviâ, au 
nord de Falma (Mayorque). Bien qu'elles soient absolument délabrées, grâce au 
four à chaux et aux fermes voisines, celles-ci se font remarquer par la présence de 




zrr:^ 





Fia. 26. — Une des nau de Calvie, Majorque, a 
D'apri* la plan drcsié av«c noua \iat M. li. Kerrû. 

certaines constructions extérieures qui paraissent établies sur un plan analogue et 
pourraient être contemporaines, comme si, la naveta étant devenue insuflisanle, 
on l'avait flanquée de cryptes additionnelles, profitant en partie de sa muraille. 
Des fouilles ne seraient pas trop difficiles : on aurait ainsi le moyen de dresser 
un plan exact de la bftlisse au niveau du sol, et peut-être, si récrouicment des 
navetas date de loin, aurait-on la cUanco de rencontrer encore les ossements 
humains et quelques vestiges industriels. 

Les navetas sont dos ossuaires. .\ Itufid llubi, l'une m'a livré quelques débris 
d'os encore déterminables encliAssés dans les joints de ses murs ; l'autre, une 
quantité d'ossements humains dans un sol déjà bouleversé cf en grande partie 
excavé par les cultivateurs qui, périodiqucmenl, emportent aux champs le fumier. 
Le tombeau des ancêtres est une bergerie de chèvres; ailleurs, c'est l'écurie des 
porcs. Pourtant, dans ces pays où on ne connaît pas le morcellement des terres. 




LES TOMBEAUX, NAUS OU NAVETAS. 37 

les propriétaires sont très riches et pourraient loger autrement leurs bêtes. Mais... 
les Gaspar Saura sont rares parmi eux. 

Dans la Nau d'Ës Tudôns, un médecin, par conséquent un témoin digne de foi, 
assure qu'on recueillit des restes humains. Le vieux berger de Son-Mersé a aussi 
remarqué des ossements dans le sol de sa naveta, et il me montra un fragment 
de maxillaire inférieur humain qu'il avait conservé. Il y avait avec ces restes des 
n bagues vertes », qui furent brisées et perdues. 

Quand même les ossements ne viendraient pas indiquer à quoi servaient les 
oavetas, le plan et les détails de leur crypte nous suffirait pour affirmer leur 
caractère funéraire. Leur analogie 
avec certaines cavernes sépulcrales 
des Baléares, du Portugal, de 
France, est incontestable. On en 
jugera tout à l'heure. 

Faut-il ranger dans la même 
catégorie que les naus, c'est-à- 
dire sous la rubrique tombeaux, 
plusieurs monuments qui s'en rap- 
prochent par certains caractères? 
Celui de Benigaus-Nou, près Fer- 
rerias (fig. 27), est formé en partie 
aux dépens du rocher, qu'on a en- 
taillé largement; le reste de l'édifice est construit et la toiture est soutenue par de 
nombreuses colonnes ; la forme générale est celle d'une naveta élargie à l'extrême ; 
la façade a bien la même concavité, mais la porte ne présente pas l'exiguïté 
d'une entrée d'ossuaire : je n'ai vu aucune trace de ce vestibule qui caractérise 
les navetas et les grottes sépulcrales. 

Ce curieux édifice est maintenant une des maisons rurales : il sert d'écurie 
aux porcs. Ce n'est pas, certes, la seule fois que mon jeune compagnon, M. Pic 
Vivalta, et moi avons dû passer de longues heures dans une mare d'immondices, 
et assaillis par des légions de Pulex irritam. Ici le lever du plan fut agré- 
menté par la présence de quelques brebis mortes qui remplissaient un des com- 
partiments de l'écurie (c). Aux rayons du soleil qui filtraient gaiement à travers 
la voûte démolie du charnier, un gros essaim de mouches variées prenait ses 
ébats sur les chairs verdoyantes et corrompues I 

Dans la mêrae contrée, à Binicalsttx, j'ai trouvé un autre monument ayant la 




38 



MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 



même apparence extérieure en forme de nau, large et peu profonde : rintérieur 
est inaccessible. Les ruines sont assez nombreuses aux environs, et j'ai cru y 
apercevoir une de nos colonnes en T caractéristiques des centres d'habitation. 
L'arrivée de la nuit et l'approche d'un orage m'empêchèrent d'y séjourner suffi- 
samment. 

Je n'ai point parlé, dans la description des édifices, de leur orientation. Il 
m'a paru bon de réserver ces détails et de les grouper. 

En efTet, si les directions sont absolument variées, il n'y a aucune observation à 
présenter, aucune lumière à recevoir. Si, au contraire, rorienlalion est constante 
pour chaque catégorie de monuments, il y a une explication à dégager, un motif à 
rechercher, et, en outre, les catégories de monuments sont mieux justifiées. 

Voici les renseignements que je retrouve sur mes notes. 



EXPOSITION DE L'ENTRÉE : 



TALAYOTS 



ÉDIFICES A T 



NAVETAS 



Gudia Gremada, sud. 
Terre Llafuda, sud. 
L'Hostal, S.-E. 
Son Morell de Baix, S.-E. 

Autre, S.-E. 
Torre Nova de Lozano, sud. 
Trebuco, sud. 
Pou de Torn, S.-S.-O. 
Benietzem, sud. 
Benicodrell de Davant,S.-S.-E. 
Galafi, sud. 
San Agustf, S.-O. 
Algaida, S.-S.-E. 
Heredat, S.-S.-E. 
Sa Aguila, sud. 



Binimaymût, sud. 
Torre Trencada, S.-O. 
Torre Llafuda, sud. 
Talati de Dali, sud. 
Son-Garlà, S.-O. 
Torre d'En Galmés, S.-O. 
Torrauba de Salort, est. 
Sa Torreta, S.-E. 



Es Tudôns, S.-O. 
Son-Merce, S.-S.-O. 
Rafàl Rubi, S.-O. 

Autre, S.-O. 
Santa-Monica, sud. 
Galvia, sud. 

Autre, id. 

Autre, id. 

Benigaus Nou, N.-Ë. 



En résumé, la grande majorité de tous ces édifices sont ouverts au sud. 
C'est encore la direction de toutes les maisons de campagne, c'est Torientation 
naturelle dans un pays où règne le mistral, vent du N.-E., souffle en tempête. 

Le monument de Benigaus Nou a seul sa façade au nord-est, mais la position 
était commandée par remplacement du rocher dans lequel il se trouve enchâssé. 

L'orientation des monuments n'éclaire pas les questions qu'ils soulèvent. 



40 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

quelquetois moderoes, soDt presque partout Tréquenlées par les paysans ou occu- 
pées par les troupeaux. 

J'appellerai d'abord l'attention sur celles de FHostal, qui doivent le jour aux 
recbercbes systématiques de M" et de M. Gaspar Saura. 

On n'a certainement pas oublié qu'il s'agit d'une ville dont les ruines couvrent 
l'espace compris entre les trois talayots de l'Ilostal, propriété voisine de Ciuda- 
dela. Les deux photograpbies pi. VU et VIII donnent la vue panoramique prise 
du sommet du talayot oriental. On remarquera un très grand nombre de grosses 
pierres : ce sont les soubassements des habitations, qu'il ne faut pas confondre 
avec les murailles modernes faites avec les menues pierres qui encombraient le 




Pio. SS. — Plan et eoupM a;i |J, d'un aouMn-AJa de L'HoeUl, prés CiuJwIeU, Uiaorque. 



terrain. Le sol une fois déblayé, on distingua des dépressions où l'on porta la 
pioche, et ainsi furent découvertes une série de grottes disséminées dans la ville, 
et enchevêtrées de telle sorte avec ses constructions qu'il est difficile de douter de 
leur contemporanéité avec elles. Toutefois, lorsqu'on examine le produit des 
fouilles, on constate qu'elles furent fri^quenlées aux époques les plus diverses. 
Les tessons de majoliques, de vases mauresques et romains, s'y mêlent aux po- 
teries pluH anirienneH. Durant ces occupations successives, quelles altérations 
ont-elles subi? Cest ce qu'il ue mius est pas possible de reconnaître. Ainsi on 
trouve & rentrée de plusieurs un palier qui inlonompt la pente du chemin d'accès. 
Sur cette petite platij-funne s'ouvre un silo du type ordinaire si répandu dans le 
midi de la Krance, la |>éninHule ibérique et le nord de l'.Afrique, où ces cavités, 
depuis une très haute antiquité, étaient ou soni i>n usage pour la conservation des 
céréales. O; silo «st rertalneuieut une (nidiliou bien postérieure aux jours de 
prospérité de la eit/i. Os n'est Ut qu'un détail qui ne doit pas nous arrêter. 

l'énétroiis dans les uruHnt. Sum le» trouverons variées, mais seulement dans 



4S MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. 

Si les autres cités avaient été explorées avec soin comme l'Hoslal. elles auraient 
été trouvées, sans doute, en possession de semblables monuments. Je n'en veux 
pour preuve que ce qui existe à Torre-d'en-Galmés. Là, aux environs immédiats 

des lalayots et au milieu des 
ruines qui les entourent, on 
rencontre plusieurs grottes 
ouvertes etdépouiUées. L'une, 
profonde et grande, doit être 
mise à part. Elle est immé- 
diatementau-dessous du mo- 

n..29.-l*lane.c„.p«»u,-^dune,ro«edelorre.<ien-Oalm.s. ""«"«"t ^ T , et eUe n'était 

que le prolongement des caves 
mégalithiques. Les deux autres, à l'est, sont bien différentes. La fig. 29 montre 
qu'on y accède pur une excavation à pente courte et rapide, au bas de la- 
quelle on est en face d'une porte étroite et d'un caveau circulaire, peu étendu- 





Lo cadre de la porte est nivelé de façon à permettre à une dalle de s'y appliquer 
exacloment. Touies deux m'ont livré des débiis d'osscmtMils humains; leur 
dcstiniition funéraire n'est pas douteuse. 

Los souterrains do Ilinimayint'il, que représculcnt les iig. :ifl et 31 , sont plus 



LES (iKOTTES ARTII- ICIELI.KS. iS 

vastes et reviennent davantage au type de l'IIostal. Chez elles aussi, on rencontre 
des enfoncements pareils à des alcôves, et, dans l'une d'elles, un élargissement 
systématique de l'aulichambre, dont il ne m'a pas été possible de mesurer la pro- 
fondeur à cause des murs qu'on y a bûtîs : ces grottes sont à présent réservées, 
l'une aux porcs, l'autre aux chèvres et aux moutons! L'une d'elles a ses deux 
ouvertures garnies d'un parapet en pierres sèches (m, m), auquel, bien entendu, 
il ne faut attribuer aucune ancienneté. 

La plaine méridionale de Minorque est coupée par des dépressions perpendicu- 
laires à la mer dans leur allure gé- 
nérale, et qui augmentent de pro- 
fondeur à mesure qu'on approche 
du rivage. Ces ùarrancos {en castil- 
lan), aux parois verticales et hauts 
de 20, 30 et 40 mètres, sont le résul- 
tat du ruissellement des eaux de 
pluie, et ressemblent à un lit de ri- 
vière desséchée. Les silhouettes fan- 
tastiques des rochers; les couleurs 
claires du terrain aux teintes grises, 
jaunes et rouges les plus variées; la 
gamme de tous les verts des arbustes 
et des plantes qui se sont développés 
à profusion sur quelques points, à 
l'abri du mistral et à la chaleur du 
soleil et de la réverbération ; souvent 
la vue de la mer voisine, qui passe 

brusquement du vert émeraude au bleu intense, selon qu'elle est à l'ombre ou à 
la lumière, sur un fond de sable ou de varech, qu'elle redète ou non les falaises 
qui la dominent, tout est réuni pour donner à ces gorges un incomparable attrait. 
Les oiseaux y voltigent en nombre, et les plus petits vivent sans cesse sous la 
terreur des milans, qui les poursuivent sans relâche. Leurs cris de terreur reten- 
tissent plus souvent que leurs chants. La note qui domine est celle du corbeau, 
que votre arrivée met en fuite. Le silence du barrânc n'est pas autrement inter- 
rompu. L'homme vit sur le plateau, et ne descend guère jusque-là. D'ailleurs, 
J'ai déjà signalé son horreur du rivage, dont il se tient prudemment éloigné. 
Nous avons constaté l'absence des édifices primitifs au bord de la mer; les 




U MONUMENTS PRIMITIFS DES BALËARES. 

excavations artiBcieltes au contraire y abondent. Les falaises en sont criblées. 
Je n'ai pu visiter qu'un nombre relativement insignifiant de ces grottes, car, 
je le répète, il y en a partout. Les unes sont isolées, d'autres en groupes ; ordinai- 
rement, pour arriver à celles-là, il faut suivre des sentiers étroits établis dans 
le flanc même du rocher qui surplombe. Quelquefois, des lambeaux de la falaise 
sont tombés, le passage est interrompu, la grotte inaccessible. 

La figure 32 donne l'aspect d'une grotte isolée du barrénc de Santa-Mônica. 

Elle s'ouvre de toute sa largeur ; l'ouverture est cependant divisée en deux par 
une épargne de la roche, qui reste comme un pilier de soutènement. Le sol a des 
niveaux différents, et il est creusé de neuf cavités singulières (t). Ce sont des 
tombes, dont la coupe et le plan sont donnés par le dessin . Toutes ont perdu leur 




couverture, qui s'adaptait dans une feuillure ménagée au bord de la fosse. Elles 
ont été violées et ne renferment plus que du sable et des débris du squelette. 

Ce genre de tombe est extrêmement commun dans Minorque : ce sont, disent 
les paysans, les « cimetières des Maures » ; mais on ne peut pas les attribuer aux 
Maures ou à toute autre race tant que l'une d'elles n'aura pas livré des objets de 
telle époque ou de telle population. 

La grotte de Sanla-Mônica fut-elle creusée pour renfermer des tombes? C'est 
peu probable. Avait-elle été aussi un ossuaire dans les premiers temps? Était- 
elle déjà vieille lorsque le lieu parut bon pour servir d'asile aux morts? On 
ne sait. 

Les grottes sont surtout multipliées autour de la baie qui porte le nom carac- 
téristique de Calas-Covas, au sud-ouest de Mahon. Là, les falaises sont criblées 
de trous, comme un gâteau de miel coupé en travers. 

Parmi mes vues de la baie, la pi. XL VIII représente laTalaise encore intacte de 
l'ouest, et les pi. XLVII et XLIX, celles du nord et de l'est, qui se sont éboulées. 
11 est arrivé, en effet, que ces cellules multipliées et superposées à l'intérieur du 



LES GROTTES ARTIFICIELLES. 46 

rocher en avaient singulièrement diminué la solidilc. La façade, moins évidée, 
n'était plus qu'un placage, et au moindre ébranlement du sol elle devait se fen- 
diller et s'écrouler. C'est là ce qui s'est efTedivemeat passé. Dans notre pi. XLIX, 
on voit que les blocs tombés dans la mer forment une ceinture au rocher. Il est 
possible de circuler au-dessus en sautant de bloc en bloc, non sans courir le 
risque de glisser dans un gouffre. On ne peut pas, en cheminant ainsi, dépasser 
le point en regard des lettres a plactSes à la marge de la planche. A cet endroit, 
on trouve une porte, bien visible sur la photographie, et qui offre des feuillures 
concentriques, preuves d'une clôture exceptionnellement soignée. Je me suis 
assuré que cette porte était jadis précédée d'une cahmbre ; nous constaterons 
ailleurs le même détail 
important. 

La grotte est fort 
curieuse. Le sol, un peu 
plus bas que le seuil de 
la porte, est horizontal. 
La hauteur est partout 
égale. D'un côté, à droite 
en entrant, la paroi est 
verticale, mais creusée 
de trois grandes loges 
profondes {1, 2, 3 de la fig. 33), s'ouvrant à 0'",60 au-dessus du sol et atteignant 
le plafond. Elles sont encadrées d'un rebord et séparées par une cloison formés 
l'un et l'autre par le rocher taillé. La loge la plus grande et la plus voisine de 
l'extérieur est munie d'une fenêtre de trois trous traversant le rocher(f). Les cavités 
du voisinage n'ont pas de détails notables. Leur plafond est souvent assez bas 
pour qu'on puisse, grâce à un trou, peut-être ancien, se hisser de l'une à l'autre 
et parcourir ainsi plusieurs chambres superposées. 

J'ai dit que la falaise était à peu près à pic lorsque les souterrains ont été 
creusés. Des escaliers en hélice et fort étroits avaient été pratiqués, et permettaient 
de descendre du plateau dans les chambres, qui s'étendaient bien au-dessous. Je 
suppose que le creusement d'un tel escalier de haut en bas est un travail presque 
impossible. J'aime mieux croire que les ouvriers, suspendus à des cordages, ont 
commencé l'excavation du côté de la mer, par la falaise même, et n'ont fait l'es- 
calier qu'après avoir avancé le souterrain. Les escaliers de la falaise sud fpl. XLVIII), 
que M. Cardona y Orfila, l'éminent naturaliste de Mahon, a vus plus ou moins 




e des groilpï de Calas Covas, Minoi'quB. Plan e 
n fJ;, Boit 0,005 p. I lutlre. 



i6 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES. 

intacts, sont aujourd'hui tout à fait comblés par le propriétaire de la métairie 
voisine, qui craignait d'y voir tomber son bétail. 

Mais j'ai retouvé de semblables vestiges sur le rivage nord (pi. XLVII), qui est 
largement accessible. Là, le rocher aux grottes n'a pas été baigné par la mer : il 
y avait comme intermédiaire un talus d'une inclinaison normale et avec lequel 
on a pu aujourd'hui former un champ. Ce terrain, avant la culture, était couvert 
d'une végétation épaisse qui devait constituer une infranchissable barrière et 
assurer la protection des vivants ou des morts qui occupaient les excavations. 

La façade du rocher supérieur est descendue par lambeaux, et l'agriculteur a 
débarrassé en partie la pente de ses ruines. Ce qui reste, soit en place, soit dans 

l'éboulis, montre toute la complication des sou- 
terrains, dont les parties les plus profondes sont 
presque seules encore intactes. Ici et là émergent 
encore les curieux escaliers qui reliaient les étages. 
Quelques portes ont les gorges extérieures déjà 
signalées, et ici, comme dans la falaise voisine, 
cette porte était précédée d'une salle dont le 
cadre, si je puis ainsi dire, est resté attaché aux 
parois de l'escarpement (fig. 34). La chambre 
Fjo. 34. - Grotte de Caïas-Covas. présente quclques enfoncements en arc de cercle 

Plan au j;;^. ,. j*» > iwi •« 

qui descendent jusquau sol. Ils avaient sans 
doute pour but d'agrandir la capacité de la grotte, tout en laissant certaines arêtes 
saillantes pour assurer la solidité du plafond*. 

J'ai visité plusieurs de ces grottes sans observer dans leur architecture rien de 
plus notable. J'ai trouvé des ossements humains, et rien autre, dans le sable qui 
couvrait leur sol. 

Étaient-elles toutes sépulcrales? Pour plusieurs cela ne fait pas de doute. Celles 
qui avaient justement les portes les mieux closes étaient des ossuaires, et il parait 
difficile de croire à un mélange si intime d'habitations pour les vivants, de cryptes 
pour les morts. Cette juxtaposition complète existe-t-elle, a-t-elle existé histori- 
quement quelque part? Je ne connais rien d'analogue, et je n'oserais pourtant pas 
affirmer que Calas-Covas fût seulement une nécropole. 

A Mayorque existe, entre autres, une série de grottes infiniment intéressantes : 
elles diffèrent de celles de Calas-Covas, de Santa-Mônica ; elles se rapprochent de 

1. L*entrée, avec son triple encadrement, se voit sur notre phot. XLVII en haut de la falaise, sous 




• «•J» « m • s 



LES CROTTES ARTIFICIELLES. 



celles de Binimaymùt et de l'Hoslal. Une d'elles nous donne véritablement le type 
pur de ta grotte sépulcrale, point de départ de toutes les variantes. 

Les grottes de Saint- Vincent de PoUenza, dès longtemps signalées, sont creusées 
sur le versant sud et vers le sommet d'une colline de molasse tendre qui court 
vers la baie entre les deux montagnes qui la serrent de près, la dominent d'une 
grande -hauteur, et vont, en se prolongeant dans la mer, former des caps escarpés. 

Cinq ou six, en deux groupes et au même niveau, sont ouvertes. Il est fort 
possible que d'autres 
soient encore igno- 
rées sur cette pente 
rocailleuse, semée de 
bouquets d'arbres, et 
qui n'a jamais été as- 
sez bonne pour le la- 
bour. Elles ont une 
entrée fort étroite, 
qu'on a pu dissimuler 
aisémentavecunepla- 
que de pierre et par 
l'apport de quelques 
pelletées de terre. 

Dans le groupe 
principal elles sont 
limilropbes, et s'ou- 
vrent au bas d'un petit 
lalus naturel devant 

lequel on a nivelé le terrain (fig. 33, a a). Sur cette plateforme ainsi formée, on 
voit les traces de cloisons ménagées dans la masse même du roc, puis des trous 
peu profonds avec rebords qui pouvaient être destinés à recevoir la base de colon- 
nelles (p). La disposition de ces vestiges montre que les grottes étaient précédées 
d'une construction dont il nous est impossible de retracer l'aspect et de défmir 
le but. 

Une première entrée fort étroite donne accès dans un espace plus large, une 
sorte d'antichambre. Une seconde porte, boyau de forme allongée, permet de se 
glisser, presque à plat ventre, dans le caveau ; à droite et à. gauche sont deux 
niches également munies d'une entrée rétrécie qui pouvait être close. La plaque 




— Orotlo sépulcralo de Saint- Vin 
D'aprïa la plan droaad ave 



it à Mayorque. Coupes et plan k f^. 
DUB par M. D. Forrà. 




48 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

de fermeture était maintenue par des barres dont les bouts s'ajustaient dans des 
trous pratiqués dans le rocher. Cette dalle, peut-être incomplète, glt encore dans 
une des cellules. Le sol de la crypte est légèrement en pente vers l'intérieur; au 
bout est une fosse irrégulière remplie de pierrailles (f), et qui m'a paru relativement 
récente. La coupe, prise suivant ef, fait voir qu'à mi-hauteur les parois ont une 
saillie destinée en apparence à supporter un plafond. Mais pourquoi mettre là, si 
près de la voûte de pierre, parfaitement étanche d'ailleurs, des poutrelles ou des 
branchages? 

11 y a sur le plat de cette arête, mais d'un côté seulement (e), une série de petites 
cuvettes que je ne m'explique pas. Naturellement on pourrait faire des supposi- 
tions : je laisse ce soin àl'ima- 
■^^^.. ^^^^.p ^P^jP gination du lecteur. 

M^i> fimrZ^HK Un mot seulement d'une 

des grottes voisines (fig. 36). 
Son avant-corps est en ruine 
et méconnaissable ; elle a pour 
r^BBwW^KBHPl porte extérieure l'ouverture 

Fio. 36. - Grotte de Saint-Vincent à Majorque. "^^"^^ ^^ CaveaU. Cclui-ci, 

coupo et piao au ife. bicu quc symétriquc, diffère 

de ceux que nous avons vus ; 
mais il est flanqué de trois chambrettes placées en triangle, et tout le long, en 
haut des côtés , règne la même saillie que dans la grotte précédemment décrite. 

Bien que ces souterrains aient été visités depuis longtemps, ils n'étaient pas 
dépouillés entièrement de leur contenu primitif. On m'a assuré que des fouilles 
avaient été pratiquées peu de mois avant mon arrivée par un voyageur génois, 
M. d'Albertis. Il aurait mis au jour une sépulture romaine. Ce qui est positif, 
c'est que le sol est encore jonché d'ossements humains que je n'ai pas été autorisé 
à emporter! J'ai cherché en vain un objet qui m'eût donné peut-être une date. 

Ma déception fut grande. J'avais été frappé des rapports de ces cryptes avec 
celles que mon ami M. Paul Cazalis de Fondouce a signalées dès 1870 aux environs 
d'Arles, en Provence, et que j'ai visitées et en partie fouillées avec lui en 1876*. 
Ces souterrains ont livré des objets de pierre , de cuivre et même d'or, des 
poteries, des squelettes en quantité. Ce sont des ossuaires du début de l'âge 
du bronze, dont le mobilier ne diffère pas de celui des dolmens et autres mo- 
numents mégalithiques du midi de la France. Les grottes de PalmcUa, au sud 

1. Matériaux pour Thistoire primitive de riiomme, 1877, p. 441. 



LES GROTTES ARTIFICIELLES. i^ 

de Lisbonne, en Portugal, rouillée^ par mon regretté ami M, Carlos Kibeiro, et 
que j'ai décrites en 1886 ', avaient moins d'analogie avec la grande crypte de San- 
Vicens qu'avec les autres de cette localité ou de Torre-d'en-Galmés et de l'Hostal. 
Elles avaient livré un très riche mobilier funéraire de celle période fort longue 
qui vit la fin de l'Age de la pierre. Les grottes semblables sigiial«5es par divers 
explorateurs sur plusieurs points du territoire italien étaient à tous égards du 
même degré de civilisation et non moins bien garnies. 

Celles des Baléares promettaient autant, et elles n'ont rien livré à mes minu- 




Fio. 37. — Plan el coupo de la gruiii 



aiicagne de Cordes, pré» d'Arles. 



tieascs recherches. Après mon départ, M. Cardona a trouvé, dans quelques autres, 
plusieurs ga!els dévonicDs quartzeux bien et diversement travaillés, des projec- 
tiles sphériques en pierre très dure, des pierres de fronde. Mais quel est l'âge de 
ces objets ! 

L'identité de plan est, je le répète, indiscutable ; il ne s'agit pas d'un rappro- 
chement fortuit, la ressemblance se poursuit jusque dans certains détails. Or dans 
les Baléares le mobiUer funéraire fait défaut. 11 ne parait pas que les lies aient 
connu un âge de la pierre, nous insisterons à ce sujet tout à l'heure; mais 
reconnaissons dès maintenant que ce ne sont pas les gens de Mayorque qui ont 
navigué jusqu'en pays du Rhône et y ont laissé une colonie; la réciproque n'est 
pas davantage possible. Mais les tombes de l'un et de l'autre pays procèdent 

1. Les Ages préliisloriijues de l'Espagne el du PoilugJ. Puris, I8SG, p. 119. 



50 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALKARES. 

d'une origine commune, leur plan répond aux mêmes idées religieuses, aux 
mêmes rites funéraires. Y a-t-il entre les grottes de Poilenza, etc. , et celles d'Arles 
une grande difTérence d'âge? et par Age nous entendons un degré de civilisation 
plutôt qu'une époque déterminée. M. P. Cazalis de Fondouce, malgré la présence 
de nombreux objets de l'âge de la pierre, hache polie, pointes de flèches de silex et 
d'os, etc., avait franchement attribué ces allées couvertes de la Provence à l'Age 
du bronze. Rien ne s'oppose à ce que celles des Baléares appartiennent aussi à 
ce niveau industriel. 

Sans doute elles sont creusées dans une roche assez tendre pour être travaillée 

avec les haches de pierre ou 
les pics armés d'une pointe 
d'os; mais toutes les fois qu'il 
m'a été permis de reconnaître 
sur les parois les traces de 
l'instrument qui fut employé, 
j'ai constaté l'empreinte bien 
délimitée de l'herminette de 
métal déjà semblable à celle 
que les paysans utilisent en- 
core f(ig. 38), et qui est dans 
toutes les maisons de campa- 

Via. 38, — Or. J. Henuiaclle acluellis des Baléares. „ , ... 

gne. Cependant je n ai pas 
observé de telles traces dans le caveau perfectionné de San-Vicens. 

Puisque nous devons terminer par une hypothèse, en attendant la lumière des 
faits, nous ajouterons que les grottes des lies sont tellement nombreuses' qu'elles 
doivent correspondre à un très long laps de temps. Je pense qu'on accordera que 
les lies étaient habitées 1 500 ans au moins avant notre ère ; peut-être ces monu- 
ments se répartissent sur mille ans et plus. Si nous avions trouvé des vestiges 
d'un âge de la pierre local, nous aurions pu leur attribuer une antiquité plus con- 
sidérable. La date du xv' siècle environ pour la plus ancienne établirait un syn- 
chronisme raisonnable avec celles d'Arles. Mais je ne saurais trop insister sur 
l'incertitude de pareilles indications*. Dans quelques grottes de Calas-Covas, on a 

i. n Vous pouvez assurer qu'ù Miiiorque seulement il y en a Lion plus de 1,000; peiil-i'lrR I,jOO, 
dj looles les époques. » (Lettre df M. Cardona.) 

i. Je EDuhaite vivement qu'un habitant des tles Baléares se donne la peine et le plaisir de passer 
en itvno et de nous di'cilre tontes les grottes. Déjà H. S. Cardona m'a écrit ceci : « C'est bien duni- 




LES GROTTES ARTIFICIELLES. 51 

observé des inscriptions romaines du ii' siècle, que M. Emile Hubner a publiées 
dans sa nolice Monumenlos epigraficos de las islas Baléares'. Neuf d'entre elles se 
rapportent à certain jour de l'année dans lequel on célébrait là un culte particu- 
lier. Comme il n'est pas admissible, ce me semble, que les grottes furent creu- 
sées pour l'exercice de ce culte, ce culte prouve leur très grande ancienneté; les 
traditions et le mystère qui l'avaient provoqué ne pouvaient être que l'œuvre des 
siècles. Nous nous trouvons ainsi rejetés bien au-delà des Maures et des Romains, 
vers une époque préhistorique trop indéterminée. 

mage que tous n'ayez pas visité toute une ligne horiziinlak de grottes, d'Esl à l'Ouest, à peu près ù 
(gauche du Barrânc d'en Viden, tout près de San-Cristobal, appelées Ses Covns gardes! Elles ont les 
portes rectangulaires el les cbanibres rondes, circutnires (thsolumenl, et sont concaves d'en haut, très 
bien travaillées. Quelques-unes ont deux cliambres, cirrulaires toujours, la dernière ou intérieure d'un 
plus petit diamètre, avec sa porte rectangulaire aussi et plus piilite. Tout est régulier et géométrique 
dans ces cbarmantes grottes. >. 

1. Botetin de la Real Academia de tu Histotin, t. XIII, c. \i, 1888, p. Wi. 




Tainjot carra de Cspccorp-V?y, Uajorquc. 
R*dacl1aa d'uni grivore d* Die Baalven in Won und Bild gocbildarl. 



CHAPITRE III 



LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES 



Je dois dire, avant tout, que j*ai trouvé peu de choses par moi-même. On sait 
déjà que les grottes sépulcrales étaient vides, et qu'il n'y a pas lieu de faire des 
fouilles systématiques dans les autres monuments. Ceux dont Tintérieur est ac- 
cessible sont absolument dépouillés de tous débris antiques. La plupart de ceux qui 
sont en ruine sont dans le même cas, ayant été fréquentés après la fin de la civi- 
lisation qui les vit construire. Les recherches pourraient être le plus souvent sté- 
riles, et la dépense serait bien au-dessus de la fortune d'un modeste archéologue. Il 
faut se borner à intéresser les paysans aux reliques semées dans leurs champs et 
que leur pioche peut mettre au jour : c'est à eux qu'est due la trouvaille des objets 
jusqu'ici conservés grâce à l'intelligence de quelques propriétaires et des sociétés 
archéologiques locales. Il faut surveiller aussi les excavations faites pour les tra- 
vaux publics, les routes nouvelles notamment. J'ai jugé du réel intérêt que porte 
à cette recherche le haut personnel des travaux publics; mais donne-t-il aux 
agents subalternes des instructions suffisantes? Le mot d'ordre devrait être: 
« Observer, recueillir et signaler immédiatement aux chefs ». Il faudrait pro- 
mettre des gratifications aux inventeurs. 

Je sais bien que dans un sol labouré depuis si longtemps et si bien exploré 
depuis quelques années les chances de découvertes deviennent rares. On ne pourrait 
plus espérer former aujourd'hui une collection comme celle que put et sut réunir 
Ramis au commencement de ce siècle; mais avec un bon réseau d'observateurs 
on arriverait encore à un résultat satisfaisant au profit des musées de Palma et 
de Mahon, qui n'auraient pas le sort toujours incertain des collections privées. 

La collection de M. Juan Pons y Soler, à Mahon, nombreuse, bien étiquetée 
et inventoriée avec détails, très soignée, est le fond dans lequel j'ai trouvé le plus 



V 



Si MONUMENTS PRIMITIFS DES BALKARES. 

de documents précieux. Elle fut commencée il y a longtemps déjà avec une com- 
pétence parfaite. 

Silex taillés. — Aucune hache de pierre ne m'a été présentée ; aucune n'a 
jamais été signalée. Or les recherches d'antiquités ont été réellement minu- 
tieuses : on trouve dans les collections quantité de pierres ouvrées, halles de 
fronde, broyeurs, etc. ; on peut considérer comme faite la preuve de l'absence de 
la civilisation que caractérise ailleurs la hache de pierre. Les tics Baléares au- 
raient pu connaître un âge de la pierre à physionomie locale : aucune trace ne 
s'en est montrée. Les sondages que j'ai eftectués dans les grottes naturelles les 
mieux situées, et qui, sur le sol français, eussent eu certainement des vestiges 
d'une occupation primitive dans les deux sens du mot, ont été infructueux. Un 
barrànc voisin de San-Adeodato contient une caverne splendide qui s'ouvre lar- 

Fio. 39. — Silci Uillé d« MsTorquc. Or. ;. 

gement comme une nef de cathédrale et pénètre profondément. C'est la Cueva-den- 
Coloim, ainsi nommée à cause des nombreuses colombes qu'on y attire avec de 
grands feux et qu'on y massacre aisément. Le propriétaire, M. le baron de Las 
Arénas, a fait exécuter une route pour monter depuis le fond du barranc. Cette 
voie coupe profondément jusqu'au roc les couches entassées à l'entrée; elles n'ont 
livré aucun os, aucun objet. La première et principale galerie est au contraire un 
vaste cimetière, où j'ai recueilli, avec des ossements, maints tessons d'une poterie 
de pâte primitive, mal cuite, rouge et noire, pétrie de grains blancs, fragile, 
ornée de pointillés en creux, de lignes en relief, de chevrons tracés au lissoir, 
mais de formes très variées et qui m'ont paru se rapporter ordinairement au 
style de la céramique mauresque. Il y avait avec ces fragments de vase des objets 
de fer très décomposés. Nous sommes donc bien éloignés de l'âge de la pierre. 

En fait de silex travaillé, j'ai vu trois tronçons de lames ou d'éclats sans ca- 
ractère (collection de M. Planes) et une plaquette étroite et longue, bien taillée, 
au tranchant analogue à celui d'une scie, peut-être une lame de poignard, une tète 
de lance, un outil (fig. 39). Mais on sait que les silex taillés sont demeures en 



LES OBJETS, ARMES. PARURES, USTENSILES. SS 

usage pendant que l'induslrie du cuivre et du bronze avail déjà pris un certain 
développement. Cette unique pièce ne peut donc suffire à prouver l'existence d'un 
âge de la pierre. Elle a été recueillie dans le termina de Sanla-Eugenia à Son- 
Estelrich, dans les ruines d'un lalayot, assure-l-on. En étudiant naguère les 
trouvailles de M. Schliemann au Muséum fur volkerkunde, à Berlin, j'ai été 
frappé de l'analogie des silex taillés d'Ilios avec celui-ci. Qui sait s'il n'y a pas 
entre eux quelque parenté, si je puis ainsi m'exprimer? 

Pierres de fronde. — On connaît la réputation des anciens Baléares : tous 
les textes s'accordent à louer leur supériorité dans le maniement de la fronde, 
et c'est au titre de frondeurs qu'on les voit fifjurcr dans les armées de Cartlmge 
et de Rome. Encore aujourd'hui, les bergers sont munis de leur longue pmsetja 
de chanvre tressé. Les plus adroits chassent avec elle le lapin. J'ai vu l'un d'eux 
toucher à iOO mètres le but que je lui avais désigné. .Vu besoin, la pierre est 
projetée beaucoup plus loin, et l'on comprend dès lors que .Métellus, lors de son 
débarquement, ait eu ses matelots tués à bord de ses bateaux, jusqu'à ce qu'il les 
ail protégés au moyen de grandes peaux étendues au-dessus du pont, premier 
emploi des navires cuirassés. Les frondeurs modernes emploient les petites pierres 
des champs, choisissant celles dont la dimension est d'environ H centimètres. Ce 
projectile est posé sur le milieu de la passelja, qui se trouve divisé, sur une longueur 
de 15 centimètres, en trois tresses plates. Il n'est pas nécessaire de le faire long- 
temps tournoyer. A ma vive surprise, deux à trois tours suffisaient à donner la 
vitesse voulue; le frondeur lâche un des bouts delà fronde, qui, tandis que ta pierre 
part, vient s'enrouler autour du corps en claquant comme un fort coup de fouet. 

Il y a dans les collections, et j'ai ramassé dans les champs, aux abords des 
ruines antiques, un certain nombre de pierres du volume d'une orange et plus 
petites, assez grossièrement arrondies'. Ces boules passent pour être les pierres 
de fronde des anciens Baléares. Il est permis d'hésiter avant d'adopter cette opi- 
nion. Croit-on vraiment qu'il était utile de travailler les pierres de fronde, du mo- 
ment qu'on ne leur donnait pas ces formes allongées des balles de ]ilomb romaines 
ou des balles de stéatite des Kanaqucs néo-calédoniens ? J'ai consulté les frondeurs 

I. Encore un extrait d'une lettre de M, Cardoriav Uriila : « J'en m ri*cui:illi une seule fois 4(.i, trh 
sphiriques, du diamètre de ;i'2 millimètres jusqu'à 12 ceiitiiiiÈtres, dans le sol d'une ii.-Lbilatiuii 
mégalithii[ue qu'on arrachait devant mes yeux. Parmi ces nombreuses spliùics, il _v avail di's cemli-rs 
et aussi un petit instrument en hron^e que j'ai emporte. Aujuurd'liui j'en posaiide plus de cent de 



1 

i 



8S MONUMENTS PRIMITIFS DES BALËARES. 

actuels : Us n'ont pas saisi l'inlérêt de ce travail, et les essais faits sous mes yeux 
ont donné l'avantage aux pierres simplement choisies. Je dois dire pourtant que 
les vieilles boules, Irop volumineuses pour l'habitude d'aujourd'hui, pouvaient 
être plus aisément maniées par des Trondeurs robustes et tenus en haleine par de 
constants exercices. 

J'imagine qu'un jour de bataille la consommation des projectiles devait être 
énorme, et je serais surpris si l'on avait eu une réserve suffisante de ces boules, 
ayant, en somme, demandé un long travail de préparation. 

Meules & broyer les g;rain8. — Ne serait-ce pas plutôt des broyeurs h. main, 
destinés à concasser les céréales? Pour des projectiles on eût employé la pierre du 

pays, ordinairement assez tendre 
pour être facilement ouvragée, 
toujours assez dure et assez pe- 
sante pour casser la tête à l'enne- 
mi. Or, ces boules sont parfois fai- 
tes avec des roches étrangères au 
district, et venues sans doute de la 
région seplcnlrionale, où les ter- 
rains sont anciens et variés. Elles 
ont ainsi les qualités voulues pour 
ne s'écraser qu'à la longue, elles 
traces de travail qu'elles offrent 
pourraient n'être que le résultat 
d'un long usage. On dirait nos 
percuteurs et nos broyeurs de 
l'ilge de la pierre. Enfin ce qui 
me détermine à conclure dans ce 
sens, c'est que plusieurs ont les 
facettes usées qui coïncident avec 
les surfaces de friction, la boule étant tenue à la main'. 

Les grosses meules se rencontrent dans toutes les ruines de Minorque. Elles 

I. M. Cardona, éclairù par des ol'SCivulioiii posUiieurcs aui miennes, urrJve ù dos conclurions 
diiréreiites, (]ue je me fais un devoir de citer : n Pour concasser des céréales, on avail recours à 
d'autres formes, toujours en pierre très diire du Nord et dont j'ai un bon nombre d'échantillons. Les 
boules splicriqocs sont loujonrs en calcaire blanc, compact, de notre miocène moyen, facile à tra- 
vailler. Il M. Cardoiia me p.'rmcttrik d'insister ! mes boulos ne sont pas toutes eu calcaire tendre. 




Fin. tl a,bcX 42. — Uculoa de Hinurquc. i 



LES OBJETS, ARMES, PARURES, UBTEiNSILES. 57 

se distinguent immédiatement par leur couleur rougeâtre des autres pierres, qui 
sont grises ou blanches : la plupart sont de grès bigarré, quelques-uns sont de 
poudingue du dévonien moyen, enfin un pelil nombre de poudingue du trias. 
Toutes ces pierres proviennent évidemment du centre et du nord de l'Ile. Une 
seule est faite de granit, et M. Cardona ne connaît pas cette roche dans l'tle. Les 
figures 41 et 42 montrent leurs formes les plus ordinaires. La saillie dorsale qui, 
dans de très rares exemplaires, se prolonge aux extrémités en forme de poignée 
(fig. 42) indique bien, par ce dernier détail, qu'on les maniait à la main; mais leur 
volume et leur poids m'ont paru en général trop considérables pour qu'un seul 
opérateur ait pu les promener aisément sur la meule dormante. 11 ne m'est pas 
difGcile d'imaginer un tel ustensile en action, aux mains de deux femmes, 
par exemple. Si parmi les nombreux moulins primitifs employés autrefois ou 
aujourd'hui , il en est de semblables à ceux des Baléares , je n'ai pas su les 
découvrir. 

Leur présence dans les ruines est si générale, elles y sont si abondantes, que 
j'aurais peine à douter de leur eontemporanéilé avec les grands monuments. On 
les appelait amolom, aujourd'hui moions simplement. 

Céramique. — C'est une vérité banale que la poterie est, après la pierre, le 
témoin le plus universel et le plus durable des civilisations disparues. Des 
tessons de tous les temps se rencontrent dans les champs voisins des monu- 
ments Baléares.Les fragments des cruches modernes, des plats de la Henaissance, 
des alcarazas mauresques, des vases rouges et noirs latins et grecs, gisent pèle- 
mèle dans les sillons. Toutes ces poteries étaient solides, aussi indestructibles 
qu'un caillou. Il y a aussi des morceaux de poterie faite à la main, pétrie de gra- 
viers, mal cuite, rougie en partie seulement par le feu à l'air libre, et dont nous 
ne recueillons que des bribes : ce sont les restes de la céramique dont la grotte des 
Colombes renfermait les spécimens les mieux conservés, ou bien une aulre que 
les collections nous ont révélée. L'ancienneté de celle-ci n'est pas douteuse : à tous 
les caractères de la pâte elle joint ceux de la forme, et se montre absolument ori- 
ginale. Ces vases sont de petite taille: parmi les deux douzaines que j'ai examinés, 
le plus petit a i centimètres de haut, le plus grand 12. Ils sont légèrement 
coniques, et le fond, au lieu d'être à la base, se trouve relevé jusqu'au centre 
(fig. 13 et ii et autres) ; ils sont ornés de dessins en creux ou d'appendices en 
relief, mais seulement d'un côté. Cette face ornementée est ordinairement garnie 
d'une sorte d'écusson, soit en relief, soit délimité par un cordon seul proéminent. 




58 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

Les fig. 45 à 54 rendent inutile une description plus minuUeuse. On notera que 
les provenances de ces vases sont très variées. 

On est surpris de leur très faible capacité : la moitié ne peut guère contenir 
plus de liquide qu'un godet d'aquarelliste, et l'on peut se demander quel était leur 
usage. D'ordinaire, en pareil cas, 
les archéologues ont l'habitude de 
dire : « Ce sont des objets votifs » , 
ou bien : <- C'est une céramique \ 




Fio. *3. — Coupe dii 



- Coupe du ïale|fig. i8. 





■c de Minorquo, Gr. \. Collecdoii l'ona y Soler. 



funéraire ». Mais cela ne nous avance guère, il faudrait d'abord des preuves. 
On pensera peut-être que ces vases sont les plus petits de ceux du même type 
qui étaient en usage; qu'ils se sont mieux conserves à cause de leur plus grande 
facilité à résister aux accidents. C'est possible; mais, dans la cité de l'Hostal, les 
fouilles ont mis au jour des vases de toutes les dimensions et de volumineux 



LES OBJETS, ARMES, PARURES. USTENSILES. 5EI 

fragments d'urints ; notre type s'y trouve avec son formai normal : aucun tesson 
plus grand ne lui appartient. 

Ce type enfin paraît spécial à Minorque. Voici quelle serait, en revanche, la 
céramique primitive de Mayorque dans l'étal actuel de nos connaissances: 




Ce sont d'abord des vases à forme spliérique, et par conséquent destinés à être 
suspendus. Ils sont munis, en effet, de petits mamelons perforés tantôt vertica- 
lement (fig. 55), tantôt tiorizontalement. Dans un spécimen, les deux directions 
existent alternées ainsi. Le nombre de ces anses minuscules varie de deux à neuf. 

Ces VQses, venus de diverses localités, et notamment de Sitjoles, près de 



60 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

Llumayor, sont tous remarquables parleur faible épaisseur. La pâte est celluleuse, 
noirâtre, inégalement cuite, assez bien ouvrée cependant pourqu'on hésile d'abord 
à croire qu'elle n'a pas été tournée. Aucune ornementation ne s'observe à la 
surface. 

D'autres en forme de pots à fleurs sont fabriqués avec la même poterie. 





Va(C9 en lerro de Uînorque. 0. J. Collection Pons y Solpr. 

(Collection de M. Planes). A Vista-Alegra, en démolissant un lalayot, on mil à 
découvert au milieu des blocs de l'assise inférieure, et dans des conditions qui 
paraissent affirmer la même antiquité, des traces de foyer, des os non étudiés 
et perdus, deux petits pots l'un dans l'autre. Leur pâle, remplie de sable, non 
tournée, irrégulière, a tous les caractères ordinaires d'infériorité. On les pren- 
drait volontiers pour des lampes, bien que dans le plus grand il n'y ail aucune 
interruption dans le rebord en face de l'appendice en forme de bec. Un troi- 
sième vase du même gisement est muni d'une sorte de poignée courte et trapue. 




LES OBJETS, ARMES, l'ARURES, USTENSILES. 61 

Évidemmeot celui-ci n'a rien de commun avec une lampe, mais il a des analogies 
avec les petits vases précédents, et fait ainsi douter qu'ils aient eu eux-mêmes celle 
destinatioD. L'appendice, avec sa dépression légère, pourrait n'être qu'une poignée 
très réduite, une imitation de poignée. (Collection de M. Moragues.) Visla-Alegra 
possédait un groupe de talayots qui, au nombre de quatre ou cinq, étaient groupés 
dans une enceinte. Çà et là, autour d'eux, étaient des squelettes, en assez grand 
nombre me dit-on. Malheureusement, en dehors de ces trois vases que renfermait 
le mur du plus grand talayol, rien ne fut ramassé. 

La collection de M. Michel Costa, de PoUenza, a été formée de pièces rccueil- 




- Vase de Mavorqiin a 



lies pendant le défrichement de sa possession Can-Xanel, termino d'Alcudia. Les 
talayots y étaient nombreux, et ont la plupart disparu. On ne sait pas l'origine 
précise des objets. Les vestiges romains sont là plus abondants que sur tout autre 
point des lies, car c'est à Alcudia qu'était le principal et très riche établissement 
des envahisseurs. Je pense que les bronzes qu'on trouvera dessinés plus loin 
appartiennent réellement à une époque plus reculée. Les habitants des lies, 
lorsque les Romains arrivèrent, avaient encore leur industrie particulière, comme 
leurs mœurs et leurs coutumes ; peut-être, car en cela nous sommes réduit à faire 
des conjectures, avaient-ils peu subi les influences étrangères, grecques, phéni- 
ciennes, etc. : tel objet qui est d'une industrie archaïque n'a pas toujours une 
date ancienne. En outre, l'industrie romaine ne remplaça pas brusquement l'in- 
dustrie locale ; de sorte que nous n'avons qu'à présenter sans commentaires les 
spécimens les plus intéressants. En fait de poterie, ce sont des vases et un frag- 



62 



MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 



ment orné : l'ornementatioa de ce tesson est limitée et complète ; elle a évidem- 
ment un certaine analogie avec celle des vases à écussons de Minorque. Les 
vases sont en forme de pots à fleurs de petites dimensions, non tournés, mais 
lissés avec soin. La pâte tantôt est grossière, tantôt plus fine, rougeâlre et 
mieux cuite. 

Olyets de enivre et de bronra. — Si je classe les objets de métal comme 
s'ils appartenaient à la France, à l'Espagne ou à l'Italie, il Taut mentionner 
d'abord deux petites perles longues (fig. 56} ; elles sont identiques à celles de la 
fin de l'âge de la pierre. Sous la même forme, il y avait déjà depuis longtemps 




fio. 56 cl 51. 

rer1«s de cuivre, Minorque. Cr. 

Colloc^on Ram 14. 




Fio. 58. 

Bracelcl d« cuivre, Hinori|ue. Cr. J 

CoUcction Itamis. 




Fjo. 59. 

Bracelets de bronze du 



d'Alcudiï, Mayorque. Or. 



des perles de jayet, de calcaire, de roches vertes et autres. Lorsque le métal 
arriva pour la première fois, on fondit des perles, des pendeloques, suivant les 
exigences de la tradition. Ces deux objets de cuivre suffiraient à nous donner une 
date et confirmeraient ainsi les indications suggérées par le plan des grottes 
sépulcrales et par plusieurs autres faits. Malheureusement leur origine n'est 
pas précisée, pas plus que celle des autres pièces de la collection Itamis. 




LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES. 63 

Un bracelet de Minorque est un simple lil de cuivre terminé à chaque boul par 
une boule (fig. 58); d'aulres de Mayorque sont des fils pliils, ronds ou semi- 
ronds arrangés en spirale (fig. 59 à 61). De pareilles spirales plus petites ont 
été également rencontrées dans les mêmes gisements du tcrmiuo d'Alcudia. 
Ces parures ont les plus grands 
rapports avec celles du sud-est de 
l'Espagne et qui appartiennent à 
l'aurore de l'âge du métal, ainsi 
qu'il résulte des admirables décou- 
vertes de MM. Siret. On sait que ces 
habitts archéologues belges ont pu '■' "- - Aim.au de i.ro.,i- ,i, sanufe^y or. ;. 

constater souvent que les pendants 

d'oreille et les bracelets affectaient cette même forme de fil en spirale et étaient 
même quelquefois de même grandeur. Un exemplaire de la collection Michel 
Costa et UQ autre de la collection Sureda sont enfilés dans un anneau irrégulier, 
formé négligemment d'un simple bout de fil (fig. 59) : ce fait reproduit deux 

fois a sa valeur. L'anneau de- 
vait sans doute retenir quelque 
pendeloque, peut-être une amu- 
Iclte que le temps n'a pas épar- 
gnée. De Can-Xanet et de Monte- 
Toro à Minorque viennent des 
bracelets différents de ceux-là : 
ce sont de gros anneaux, dont 
la tige à l'extérieur est bombée 
et plate à l'intérieur ; leur âge est 
incertain. 11 en est de même d'un 
anneau de Santagny (fig. 62) : 
si c'est un bracelet, il ne pou- 
vait appartenir qu'à un enfant. 
LaMarmora signale (pl.XXXlX) 
une pièce identique qu'il assure provenir du talayot dit Son-Texeguel, près Lluc- 
Major (Minorque), ainsi qu'un disque pareil à celui de notre figure 79. 

Deux pièces seulement rentrent dans la catégorie des colliers. Dans l'un, de la 
collection Ramis,latige est ornée de traits gravés; les deux extrémités se terminent 
par un léger renfiemeut aplati et perforé ; ce qui constituait le fermoir n'existe plus. 




de poitrine. Gr. 



U MUNUMENTS PaiHlTIFS DES BALEARES. 

L'autre, de la collection Pons, est origÎDaire de Minorque (fig. 63) ; mais on 
se souvient d'une semblable trouvaille faite dans les ruines d'un lalayot près 
Saintc-Marie,JLMayorque. Cet objet, volumineux et très lourd, est-il réellement une 
parure du col et de la poitrine? Cela me parait probable, parce que les dimensions 
ne s'y opposent pas, et surtout parce que nous connaissons des pièces semblables 
dont l'usage est mieux déterminé; on les conserve notamment dans les musées de 



^J^g* 



Fia, 64. — fcpingic (?) en bmntc, Majorque. Or. (. CollecLion Sureda. 

Vienne et de Berlin. Il est curieux de trouver pareille analogie à si grande dis- 
tance; mais ce lien entre l'Europe centrale et tes Baléares reste, comme d'autres 
faits, sans explication. 

La longue tige de la collection Sureda (fig. 64) doit-elle rentrer dans la caté- 
gorie des parures? L'épingle, si c'en est une, au lieu d'une pointe présente une 
spatule plate et perforée, à laquelle s'attachait probablement une pièce perdue 




Fia. 66. 

I, Uonte-Toro, Minorque. Or. |. CoUeclioa Pona j Soler. 

ou ajoulis ornemental faisant pendant à la tête discoïdalc. Un tel objet peut très 
bien trouver place dans une coiffure. 

Je n'ose pas donner une haute antiquité à la boucle que montrent de tous leurs 
côtés les figures 65 à 67. Sa surface extérieure avait des bandelettes, de métal 
sans doute, qui ont disparu avec le temps, après avoir laissé une durable 
empreinte dans l'oxyde du bronze. Un second exemplaire identique vient d'une 



LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES. 



En fait de fibules, rien de bien ancien, des formes romaines et connues dont 
je donne néanmoins le dessin (fig. 68). Quant à la petite bacbette bipenne de la 
figure 69, je n'affirme pas davantage son âge. On peut, je pense , la placer parmi 

les parures. Elle a peut-être 

formé la tète d'une épingle 

ou une perle de collier, lin 

exemplaire vient d'Alcudia, 

Mayorque (CoUoclion Micbcl 

Costa), un autre de Minor- 

que {Collection Pons.) 

Fio. fiO. 

Armes et Outils. — Trois i,nJtatioD de iiaci.ntc. or. nm 
bâches de métal ont été re- 
cueillies : deux peliles et plates, du type le plus ancien de l'Age du bronze (fig. 70) ; 
une qui est au contraire du type le plus récent (fig. 71). La Marmora assure que 






celle-ci (ou peut-être sa pareille, je oe sais, le dessin de Ramis étant par trop 
sommaire) fut trouvée dans un lalayot. 

Avec les premières marchent les lames de poignard triangulaires et très minces 



a MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

dont il y a aussi de rares spécimens. L'une (fig. 72), bien complète, avec ses 
trous il rivets et la trace du manebe très nette, futtrouvée avec sa voisine (fig. 73} 




Lames de poignunl en cuJTre.Or. {. Majorque, 
Collection Moragues. 



Laiii^es en bronze (ï| Hinorque. 
Qr. }. Collection Pons. 



à Son-Morogues, près Valdemosa. C'est en faisant sauter des rochers qu'on 
les mit à découvert. Un troisième exemplaire, plus long et plus élégant, fait 



PoÏDlei i douille en bronio jni 



F:o. 71 et 18. 

Santa-Agueda, Minorque. Or. \. CoUeclîon Pons. 



par(ie de la collection du château de. Itatxa près de Palma; mais il ne figure 
|ms nu catalogue, pas plus que les autres objets de provenance mayorquine; 
on a l'a plus d'égards pour les antiques ou les soi-disant antiques venus d'Italie. 




LES OBJETS, ARMES, PARURES, USTENSILES. 67 

La même collection et surtout celle de M. Pons renferment des têtes de 
lance à douille d'un type assez particulier et qu'on retrouve en Sardaii^ne et 
dans le monde grec (fig. 75). D'autres pointes {fig. 74 et 76) sont semblables à 
celles qui abondent un peu partout au nord et à l'occident de la Méditerranée. 
Les pointes les plus originales sont celles dont M. Pons pos- 
sède une série : ce sont des tiges grêles à base creuse (fig. 77 
et 78); la plus longue a 18 centimètres de longueur, la plus 
petite 6. Ce sont sans doute des bouts de flèches. 

Lingots. — Deux petites masses de bronze recueillies à 
Son-Gornessel près Ferrerias, Minorquc, me paraissent ren- 
trer dans cette catégorie (fig. 79). 

Ce n'est pas au hasard que j'ai employé ça et là les mots 
bronze et cuivre. J'avais pris des parcelles d'une partie des 
objets, et les analyses ont été faites dans le laboratoire de mon 
ami M. le D' Garrigou, à Toulouse. 

Olyets indéterminéB. — Une longue tige de bronze, de 
0*°,90 de longueur, s'est rencontrée près de Fornélls, dans 
une crevasse de rocher, auprès d'un squelette humain. Elle 
n'est pas pointue, et elle présente, à peu de dislance d'une 
extrémité, un appendice en forme de crochet. On dirait une 
broche de rôtisseur. 

Trois disques, munies d'un côté d'une protubérance cen- 
trale en forme de bouton pointu, de l'autre rôle d'une anse en relief (fig. 80). 
Un des exemplaires, collection Moragues, est orné d'un léger rebord sur tout le 
pourtour, el, en outre, il reste un anneau irrégulier en fil de cuivre passé dans 
l'anse. Ce sont évidemment des pièces décoratives, que dans le matériel gaulois 
on prendrait pour des phalères de chevaux. Mais je n'ose, à Mayorque, m'ex- 
primer ainsi. 

Absolument énigmatiques sont quatre pièces des collections Pons et Hamis. 
La fig. 81 me dispense d'en donner une description minutieuse et difficile. Leur 
grandeur varie du simple au double. La corne de l'une des grandes (fig. 81 , a) est 
arrondie, intacte, et semble indiquer que dans les autres exemplaires ces bouts 
n'ont pas été plus longs, bien qu'ils paraissent tronqués. Cela m'empêche de 
croire que ce sont des anses ou poignées de vase. La concavité de la partie 




Lingots de broii7i. 
Minurquc Or J 
Colle cuon Pons 
y Soler. 



68 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARKS. 

élargie et qui fait un peu ressembler la plus grande à une cuiller n'existe pas 
dans les quatre spécimens. Naturellement Ramis a une explication toute prête : 

A 



^ 




Fia. SO. — Disque en bronze, S mUgiif i?) tlayorque. Or. ]. Collcclion Suraila. 

ce sont des iuslrument3 qui servaient aux druides. Il nous dit, et ceci a plus 
d'intérêt pour nous, que l'un de ces objets fut trouvé dans un talayot à San- 




Qlijets lie liroiiie. Colleclion Pons y Solcr 



Thomas, près Alayor, Minorque. M. Pons a également recueilli l'un des siens 
près d'un talayot à Benicodrell-de-Baix. 

J'ai remarqué dans la petite mais intéressante collectioD de M. Moragues 
une mince plaquette de plomb vraiment curieuse (ftg. 82). Mon dessin donne, je 
crois, une idée suffisante de rornemenlalion d'une face, mais l'autre est plane, 



LES OBJETS, ARUES, PARURES, USTENSILES. 69 

sauf trois petits mamelons en forme de losange qui sont alignés au milieu de la 
partie supérieure, derrière les anneaux concentriques du centre. Une pièce tout 
à fait semblable pour la forme, mais non pour l'oracmenlation, est figurée par 
la Marmora (voir sa pi. XXXIX, (ig. 4). Il prétend qu'elle provient d'un lalayot 
dit Son-Texeguet , près Lluc-Major (Minorque). I! l'attribue à l'industrie phé- 
nicienne et croit qu'elle représente une peau de tête de bœuf. II l'avait vue 
avec quelques autres pièces, dans un petil_ musée, au couvent des Capucins 




Fm. Sî. — Plaquette de |>lomb. C 
l'ina, près Montuire, Mavorquf 



de Palma.dont les archéologues de la Société Luliana devraient bien retrouver 
la trace. 

Tous les autres objets qui m'ont été montrés rentrent dans les séries classi- 
ques, soit grecques, soit égyptiennes, soit romaines. Aucun d'eux ne rappelle les 
antiquités spéciales de la Sardaigne. Seules les verroteries, les perles polychromes 
bien connues et un très beau flacon multicolore apparliennent sans doute à l'in- 
dustrie phénicienne. 

Les personnes qui désireraient des renseignements complémentaires trouve- 
ront à la Bibliothèque du Musée national de Sain[-Germain-en-Laye mes photo- 
graphies et mes croquis. 

Je termine ici mes notes en remerciant encore tous les collectionneurs des 
deux lies de leur complaisance à mon égard. 



CHAPITRE IV 

NOTICE SUR LES OSSEMENTS HUMAINS 
DES ANCIENNES SÉPULTURES DE MINORQUE 

M. LE D' VEHNEAU 



Les ossements humains recueillis dans IcsgroUes de L'HosLal et de Torre-d'en- 
Gaumes et dans la naveta de Rafal Rubi comprennent : 1 crâne féminin complet, 
15 fragments de crânes différents, 2 maxillaires inférieurs, 20 humérus, 1 iliaque, 
18 fémurs, 23 tibias, 5 péronés. Sur ce nombre, 8 os longs seulement sont entiers; 
les autres sont pour la plupart réduits à des fragments trop petits pour pouvoir 
être étudiés fructueusement. Nous le regrettons d'autant plus que ceux qui se 
prêtent à Tétude offrent un intérêt des plus réels, comme nous allons essayer de 
le démontrer. 

Le crâne en bon état que nous possédons provient de la grotte de L'Hostal. 
C'est une tête de femme parfaitement adulte, avec toutes ses sutures ouvertes, 
même la métopique, qui existe sur toute la longueur du front. Le sujet était encore 
jeune, malgré la notable usure de ses dents. 

Lorsqu'on l'examine de profil, on voit la courbe anléro-postérieure monter 
d'abord verticalement au-dessus de la glabelle, puis s'infléchir brusquement à 
3 centimètres et demi environ de ce point. Toute la partie supérieure du crâne est 
fortement surbaissée. Un peu en arrière du bregma existe une ensellure des plus 
marquées. Vers te tiers postérieur des pariétaux, la courbe change de nouveau de 
direction d'une façon moins brusque qu'en avant, et l'occipital se projette très 
notablement en arrière. La base est modérément renflée. 

Au point où la courbe an téro- postérieure devient descendante, on note un 
méplat qui occupe plus du tiers postérieur des pariétaux et la partie supérieure de 
l'écaillé occipitale, dans une étendue de 3 centimètres à peine. 



72 



MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 



Vu d'en haut, le crâne de L'Hostal rappelle entièrement la norma verticalis du 
crâne brachycéphale n* 6 de la carrière Hélie, a Grenelle. 

De face, celle tête monstre pourrait être décrite dans les termes qu'emploient 
MM. de Qualrefages et Hamy lorsqu'ils parlent du crâne féminin brachycéphale 
de Grenelle : « Les os malaires projetés en dehors développent assez la face en 
largeur; les orbites sont carrés... Tindice nasal est mésorhinien. L'arcade dentaire, 
qui est parabolique, porte des dents bien plantées, fort régulières et usées. La voûte 
palatine atteint une profondeur de 1 centimètre environ*. » 

En somme, le crâne de L'Hostal rappelle considérablement le crâne féminin de 
la race brachycéphale de Grenelle; il ne s'en distingue guère que par sa voûte un 
peu plus surbaissée. 

Les mensurations pratiquées sur cette tête mettront mieux en lumière qu'une 
longue description les analogies qui existent entre les deux crânes. Nous plaçons 
à côté des chififres que nous a donnés la femme de L'Hostal ceux que la femme de 
Grenelle a fournis à MM. de Quatrefages et Hamy : 



MESURES DU CRANE. 



Diamètres 



Courbes . 



Indices. . 



Antéro-postérieur maximum. 
Transverse maximum. . . . 

— bilemporal. . . . 

— biauriculaire. . . 

— bimastoîdien. . . 

— frontal maximum 

— — minimum. 

— occipital maximum 
Vertical basilo-bregmatique . 
Horizontale totale 

— préauriculaire. . 
Transverse totale 

— sus-auriculaire . 
Frontale cérébrale 

— totale. ...... 

Pariétale 

Occipitale 

Longueur == 100. Largeur. . 

— — Hauteur. . 
Largeur =100. — . . 



L'HOSTAL. 



1:3 

141 

130 (?) 

116 
96 

122 
93 

107 

122 

506 

226 

420 

303 

100 

119 

110 

120 
81,50 
70,52 
86.52 



GRENELLE 
(carrièkbhblik). 



173 
14o 
135 
119 

99 
118 

92 
112 

» 
51 i 
224 
436 
311 
106 
126 
123 
115 

83,68 

» 



OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SÉPULTURES DE MINORQUE. 73 

Les deux têtes sont brachycéphales, et, si Tune rentre dans le groupes des sous- 
brachycéphales, tandis que Tautre se range parmi les brachycéphales, c'est que 
le crâne de L'Hostal mesure, au point où tombe le diamètre transverse maximum, 
4 millimètres de plus que celui de Grenelle, le diamètre antéro-postérieur étant 
identiquement le même. Ces 4 millimètres, il les regagne sur le diamètre frontal 
maximum, de sorte que les courbes horizontales sont aussi rapprochées que pos- 
sible. Seule, la courbe transverse offre des différences assez sensibles dans les 
deux cas; et ce fait est le résultat du surbaissement que nous avons noté sur la 
voûte du crâne des Baléares. 

On pourrait, il est vrai, trouver quelques autres différences minimes dans la 
longueur de la courbe frontale, dans le diamètre occii>ilal maximum et dans quel- 
ques autres mesures. Mais ces différences de 5 ou 6 millimètres dépassent-elles 
celles qu'on constate dans une même race? Nous ne le croyons pas. 

Au fond, le type général est le mémo, et les deux têtes ne se distinguent réelle- 
ment que par le surbaissement de la voûte du crâne de L'IIoslal. Les caractères 
faciaux établissent des rapports encore bien plus intimes entre la femme des Ba- 
léares et celle de Grenelle. Il suffit de comparer les chiffres que nous donnons dans 
le tableau suivant pour être convaincu qu'il y a identité à peu près complète : 



Diamètres 

Orbites. . 
Nez . . . 



Hauteurs. 



MESUUKS DK LA FACK. 



Biorbitaiiv «'xlcinc. . 
Interorbitiiiiv. .... 
Bizygoniatiqiir ma.viinuin 
Bimaxillaii niiniiniiiii. . 

Lar^'eur 

Hauteur 



Indices. 



Largeur iiiaxiiuiiiu de l'ouveiLure 

Longueur 

Sous-cérélualc du liunl. ... 

Internia\illaire . . . 

Totab^ (le la l'ace 

De la pouimelte 

Orbito-alvt'olaire 

Orbitairc 

Nasal 

Facial 



L'IIOSTAL. 



iOO 

•23 

1 2:i 

(U) (?) 

:{«•) 

2i 

il) 

KO 

:{7 

.s;{,;{:{ 

;i2,i7 



GRE.NELLE 

CARRIÈUE IIKLIK), 



102 

4 0-) 

:i9 

30 

30,5 

23 

45 

17 

iO 

78 

21 

3i- 

8i-,72 

:;i,ii 

(•)3,î)3 



Ici, nous le répétons, ce n'est plus de l'analogie que présentent les deux têtes, 



7i MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

mais une identité presque absolue. Les chiffres sont assez éloquents par eux- 
mêmes pour que nous puissions nous dispenser de commentaires. 

En présence de ces résultats, doit-on attacher une importance capitale au sur- 
baissement de la voûte chez la femme des Baléares ? N'est-il pas permis de le 
considérer comme un simple caractère individuel? Faut-il, au contraire, y voir 
un caractère ethnique suffisant pour séparer complètement le crâne de L'Hostal 
de celui de Grenelle? Faut-il, enfin, regarder l'aplatissement de la voûte comme 
un signe de métissage ? A ces diverses questions, il nous semble facile de répondre. 
Dans la race la plus pure, on observe des différences individuelles qui vont autre- 
ment loin que celle dont il s'agit. On ne peut pas même faire intervenir le métis- 
sage dans le cas qui nous occupe. Il serait bien extraordinaire, en effet, que le 
croisement entre deux races eût laissé persister tous les caractères de Tune d'elles, 
à l'exception d'un seul. Or la tète de L'Hostal nous montre, non seulement dans 
son ensemble, mais dans ses détails, une ressemblance avec la race brachycé- 
phale de Grenelle qui va souvent jusqu'à l'identité. C'est donc au même type qu'il 
faut la rattacher. 

Si cette conclusion n'est pas erronée, elle présente un intérêt qui n'échappera 
à personne. Dans la série de crânes recueillis dans le sud-est de l'Espagne par 
MM. Louis et Henri Siret, M. le docteur Victor Jacques a retrouvé le type de la 
carrière Hélie de Grenelle, et il se trouvait même « largement représenté dans la 
population de l'Argar ». Or, les sépultures fouillées par MM. Siret datant de 
l'époque du bronze, notre confrère est porté à regarder les brachycéphales qui y 
ont été rencontrés comme les « descendants directs » de la race de Grenellc-llélie. 
Cette race aurait émigré du nord au sud, et elle aurait dépassé la péninsule 
ibérique, puisque nous la retrouvons dans les lies Baléares. 

Déjà nous avions constaté des faits analogues pour la race de Cro-Magnon, et 
les observations de M. Victor Jacques ont pleinement justifié ce que nous avions 
écrit à ce sujet. Il a de plus constaté à l'Argar la présence d'individus offrant tous 
les traits du crâne de Furfooz n" 2. En présence de ces faits, on est conduit à se 
demander si toutes nos vieilles races n'ont pas, à un moment donné, émigré vers 
le Sud, sans doute a Tépoque où de nouveaux-venus leur ont disputé le sol sur 
lequel elles étaient anciennement établies. Cette hypothèse repose déjà sur un 
nombre de faits respectable ; la découverte du crâne de la grotte de Lllostal fournit 
un nouvel argument à ceux qui partagent cette manière de voir. Cette trouvaille 
nous montre aussi que, de môme que la race de Cro-Magnon, celle de Grenelle n'a 
pas été arrêtée par la mer: l'une et l'autre l'ont franchie aux époques préhistoriques. 



OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SEPULTURES DE MINORQUE. 75 

Voulût-OH voir dans le surbaissemenl de la voûle du crâne de L'Hoslal un 
si^ne de métissage, que les déduclions qui précèdent n'en seraient en rien 
infirmées. Ce caractère appartient au type n' 2 de Furfooz, et nous venons de voir 
que le D' Jacques l'avait retrouvé à l'âge du bronze dans le sud-esl de l'Espagne. 
Ce seraient des individus de cette race ou des hommes déjà métissés qui l'auraient 
introduit aux Baléares. La réalité des migrations donl nous venons de parler 
n'en serait nullement battue en brèche. 

II n'est pas douteux, d'ailleurs, que divers types aient vécu aux Baléares à 
l'époqne du bronze, et les partisans de l'aulochtonie ne sauraient prétendre que le 
milieu ait pu donner naissance à la fois à des traces absolument distinctes. On est 
donc forcé d'admettre qu'un certain nombre d'individus au moins étaient venus 
du dehors. 

Si nous manquons de crânes pour mettre en évidence la mulliplicité des races 
anciennes des Baléares, nous possédons des os longs qui vont le montrer suffi- 
samment. Un très petit nombre sont entiers, et permctlent de calculer la taille. En 
nous servant des chiffres d'Orfila, nous sommes arrivés aux résultats suivants : 

Pour les hommes de la grotte de L'ilostal, nous avons trouvé des failles de 
l'",63 {"",^8 et 1",69 ; deux femmes nous ont donné l'",53. 

La naveta de Itaful Ruhi renfermait les restes de deux hommes qui mesuraient 
respectivement 1"',G8 et 1"',70; une femme avait 1"',53. 

Ainsi la taille des hommes variait de l'",63 à l"',70; celle des femmes parait 
avoir été de l^iSS. Assurément, entre les bommes les plus grands et les individus 
les plus petits la différence n'est pas énorme; mais nous n'avons pu évaluer la taille 
que de cinq sujets, et il est bien probable que, si nous eussions eu des matériaux 
plus nombreux, les variations seraient bien plus accusées. Quoi qu'il en soit, lors- 
que sur cinq individus on trouve une difVérencc de 7 centimètres, on n'est pas 
autorisé à prétendre qu'on se trouve en présence d'un groupe homogène. 

Examinons maintenant quelques caractères des os longs. L'humérus des 
sujets de la naveta de Bafal Itubi présente, vers la pointe du V deltoïdien, un 
diamètre antéro-postérieur qui varie entre 19 et 26 millimètres. La largeur de 
son extrémité inférieure oscille entre 53 cl 68 miilimèlres. Dans un sexe comme 
dans l'autre, on rencontre des individus peu robustes à côté de sujets qui peuvent 
rivaliser en force avec les hommes les plus robusios de la race de Cro-Magnon. 
Enfin deux humérus montrent la [)erforation olécrànienne, cl sur l'un l'ouverlure 
atteint i2 millimètres de large; neuf autres ne présentent point ce caractère. 

A L'Hostal, un humérus féminin, le seul que nous possédions, mesure 



76 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALÉARES. 

278 millimètres de longueur, 17 de diamètre antéro-postérieur et 48 de largeur 
à son extrémité inférieure ; la femme était donc à la fois petite et peu vigoureuse. 

L'étude du fémur nous montrerait les mêmes mélanges. Presque tous sont 
trop brisés pour qu'il soit possible de rendre par des chiffres les différences qu'ils 
offrent. D'une façon générale on peut dire que certains individus avaient des os 
grêles, tandis que d'autres étaient d'une robusticilé peu commune, comme le 
démontrent à la fois le volume de l'os et la saillie de la ligne âpre. Il est cependant 
un caractère que nous avons pu évaluer : c'est l'existence ou la non-existence 
de la platymérie. On sait que M. le docteur Manouvrier a donné ce nom à l'apla- 
tissement de la portion du fémur située au-dessous des trochanters, et qu'il a 
proposé de l'évaluer par le rapport du diamètre antéro-postérieur de l'os au dia- 
mètre transverse, mesurés l'un el l'autre au niveau du point le plus aplati. Or 
voici ce que nous avons observé: 

A la naveta de Rafal Rubi, le tiers des fémurs présente une platymérie très 
accusée (indices de 67,57 à 73,52); un autre tiers offre une platymérie modérée 
(de 76,66 à 77,42); les autres n'en offrent pas de trace. Les extrêmes vont de 
67,51 à 86,20. 

A L'Hostal, nous constatons le même fait : deux fémurs sont franchement pla- 
tymériques (ind. = 74,99 et 75) ; le troisième ne l'est pas du tout (ind. = 87, 87). 

Ainsi, à quelque point de vue que nous examinions le fémur, nous trouvons 
entre les individus des différences notables. 

C'est ce que va nous montrer encore le tibia. Réduit le plus souvent à un 
fragment de la diaphyse, nous avons dû nous borner à en évaluer le rapport du 
diamètre antéro-postérieur au diamètre transverse, chaque fois que nous avons 
eu le trou nourricier. 

Sur 14 tibias de la naveta de Rafal Rubi, 4 nous ont donné des indices infé- 
rieurs à 63, c'est-à-dire qu'ils sont bien aplatis, platycnémiques, pour employer 
le mot consacré; 6 donnent des indices qui oscillent entre 63 el69 (platycnémie 
faible) ; 4 enfin dépassent l'indice de 69, et ne sont par conséquent nullement apla- 
tis. Les indices extrêmes vont de 58,97 à 81,48. 

La grotte de L'Hostal offre quelque chose d'analogue : un des tibias qui en 
proviennent est légèrement aplati (ind. =: 64,10), l'autre ne l'est pas du tout 
(ind. =^73,52). 

Enfin, trois tibias de la grotte de Torre-d'en-Gaumes ne présentent pas de 
trace de platycnémie. 

En présence de caractères aussi variables et de chiffres aussi éloignés les uns 



OSSEMENTS HUMAINS DES ANCIENNES SÉPULTURES DE MINORQUE. 77 

des autres, il est impossible de nier que la population des Baléares était déjà fort 
mélangée à Tépoque du bronze. Malheureusement les matériaux que nous avons 
entre les mains ne permettent pas de déterminer les divers éléments ethniques 
qui s'étaient donné rendez-vous dans ces îles. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est 
que l'une des races était peu vigoureuse, tandis qu'une autre était, au contraire, 
extrêmement robuste. Il serait téméraire de vouloir rechercher à quel type appar- 
tenait cette dernière. Néanmoins la vigueur des os, la saillie de la ligne âpre du 
fémur, l'aplatissement du tibia, que nous avons signalés chez certains individus, 
pourrait faire supposer qu'il était arrivé là des hommes de Cro-Magnon. C'est évi- 
demment une simple hypothèse, qui n'a rien d'invraisemblable si nous nous rap- 
pelons que la race comptait alors des représentanls dans la péninsule ibérique, 
presque en face des îles Baléares, et si nous tenons compte qu'elle n'hésitait pas à 
franchir la mer, puisqu'elle a gagne, vers celle époque probablement, le nord de 
l'Afrique. Ce qui paraît le mieux établi, c'est que la race brachycéphale de Gre- 
nelle n'avait pas craint de faire ce voyage d'outre-mer, car le crâne de la grotte de 
L'Hostal en est un spécimen pur ou à peine altéré. 

Telles sont les conclusions qui se dégagent de la rapide étude que nous venons 
de faire. Il nous resterait à signaler parmi les os recueillis dans les sépultures des 
Baléares quelques pièces pathologiques intéressantes. Sans entrer dans des 
détails descriptifs, citons un cas de fracture consolidée sur un péroné de la naveta 
de Rafal Rubi et trois cas d'arthrite végétante sur un humérus, un tibia et un 
péroné de la grotte de L'Hostal. Sur l'humérus on remarque plusieurs orifices 
d'anciennes végétations de tumeur blanche. L'olécrâne s'est séparé du cubitus 
pour se souder à l'humérus. Il s'est fait entre ces deux os et le radius une pseu- 
darthrose qui siège très haut et en avant de l'extrémité inférieure de l'os du bras ; 
celle-ci, par suite de la prolifération osseuse, ne mesure pas moins de 77 milli- 
mètres de largueur. La plus grande partie de sa surface articulaire, de même que 
celles du tibia et du péroné de la même grotte, a été fortement usée par le frot- 
tement et polie, en même temps qu'elle a acquis l'aspect de l'ivoire. 



TABLE 



Avant-Propos. 



Paget. 



CHAPITRE PREMIER 



Introduction. — Revue des travaux des Auteurs. 



CHAPITRE II 



Description des Monuments 11 

a. Les villes ou bourgades 11 

b. Les murailles ou remparts \A 

c. Les constructions, caves mégalithiques édifice principal 16 

d. Les tours ou talavots ^23 

e. Les tombeaux dits Naus ou Navetas 33 

f. Les puits dits Potarràs 39 

g. Les grottes artiûcielles creusées dans les rochers et dans le sol 39 



80 TABLE. 



CHAPITRE m 

Page». 

Les Objets : Armes, parures, ustensiles 53 



CHAPITRE IV 



Notice sur les ossements humains 71 



Nota. — Une liste explicative des planches les accompagne. 



Paris. — Tjp. Chamerot et Renouard, 10, ruo des Saints-Pères. — ï529r 



MISSION SCIENTIPIQUE DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



MONUMENTS PRIMITIFS 



ILES BALÉARES 



EMILE CARTAILHAC 



aIjBUM des planches 

I - LI 



TOULOUSE 

LIIIHAIRIE EDOUARD l'RIVAT 
1892 



TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES' 



Enceinte et porte d'entrée d'une cité antique, Santa Rosa [près Cîudadela;' 

(Mlnorqne). 

Comme j'ai pris soin de le faire pour toutes mes vues photographiées, j'ai placé ud 
homme auprès des ruines pour donner une idée du volume du monument et des pierres 
qui le composent. On distinguera aisément sur ma photographie les murs modernes élevés 
par les paysans et qui rejoignent les conslmclions antiques (texte p. 15). 



PLANCHE II 
Bnoelnte fortifiée d'une ville antique, Son Carlà, prés Ciudadela (Minorque). 

A la jonction des perpendiculaires élevées aux points A se trouve la porte d'entrée, 
aujourd'hui fermée par une accumulation de blocs. Un homme est debout entre les mon- 
tants, dont on peut ainsi apprécier le grand volume. On observera que les pierres de la tour 
située au milieu de la vue sont moins grosses, comme je l'explique dans le texte (p. IS). 

I. Je reroercio mon ami M. Charbs Fabrb, docieuc ùs-scioiicrs. chargé lit caurs à la F^iciilté de Toulouse, 
et dont les remarquables traités de photographie sont clas siiiues, des ciccllcnts conseils qu'il a bien voulu mu 
donner depuis longtemps. 

J'exprime aussi ma gratitude à M. NADAR,qui m'a aidé avec cette complaisance et ccttn amnbiliié parfiiiies 
qui sont de tradition dans sa maison. 

Jb dois enfin un soutenir A un arlîsle de Toulouse, nioil pi-émaluvémcnl, André Qicssac, regretté de tous, 
ot qui «lécuta dans ses ateliers de Paris le tirage dos pliotoijpics, dignes de son talent et de sa renouiméc. 



IV MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES. 



PLANCHE III 
Ruines antiques et garritajB modernes, Son Saura nov, Giudadela (Minorque). 

C'est 1res probablement un vestige d*enceinte et une porte d'entrée, si j'en juge d'après 
quelques indices du voisinage. Ici le pays, admirablement cultivé, a vu disparaître la plupart 
des traces des édifices primitifs. Les campagnards construisent des cabanes en pierres 
sèches qu'ils appellent gatTilas^ et où ils abritent eux et une partie de leurs bétail ou même 
de la moisson, soit en cas d'orage, soit pour passer la nuit. On voit ici une garrita dans le 
cadre de la porte, au loin, et une autre à droite de la vue, au premier plan. Les planches L 
et LI sont consacrées à ces constructions rustiques, qui ne peuvent être confondues, même 
rqinées, avec les édifices antiques. 

PLANCHES IV ET V 
Enceinte d'une ville antique, La Mola de Felanitz (Mayorque). 

Cette portion de muraille, dont plusieurs blocs sont énormes et dont la hauteur sur quel- 
ques points est encore de cinq mètres, est à la base d'un mamelon encombré de ruines 
informes au milieu d'un bois épais. 



PLANCHE VI 

A. Muraille de ville, façade intérieure remaniée, Torre Uaftada près Giudadela 

(Minorque). 

Comme la porte à gauche avance beaucoup, je suppose que toute la façade était jadis au 
môme plan et qu'il n'en reste que les blocs qui supportent le linteau. La muraille fut 
reconstruite moitié moins large que la primitive. On se contenta de plaquer des pierres de 
moyenne grosseur contre les grandes dalles qui forment le revêtement extérieur et qui sont 
demeurées en place. Une petite porte (à droite) fut alors substituée à l'ancienne. Au bas de 
la muraille est un entassement de blocs accumulés par les cultivateurs. 



B. Mur et pilier intérieur d*un monument, Sant AgnsU près San Cristobal et 

Alayor (Minorque). 

Un homme est placé au pied d'une colonne encore surmontée d'une dalle ayant fait 
partie de la toiture. Les ruines abondent au delà et aux environs. On distingue de nom- 



TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES. v 

breuses divisions. Les bases des murs sont on général faites avec des matériauK réguliers 
et bien assemblées ; des murailles plus massives entourent des groupes de ces construc- 
tions. C'est l'une d'elles que l'on voit au premier plan de la photographie. A gauche on 
aperçoit les pentes d'un lalayot. Celui de notre planche XXXVI est immédiatement à droite. 



PLANCHES VII ET VIII 
Rnlnes d'une ville antlq[ue, L'Hostal prés Ciuâadela (Mlnor<iue). 



Ces deux vues se fontsuîte presque sans intervalle, Elles donnent une idée de l'aspect du 
sol en partie dégagédes arbrisseaux. Les petites pierres qui noyaientles ruinos ont été enle- 
vées et on en a formé des amas, des alignements, que l'on dislingue au premier coup d'œil. 
Dans la direction des lignes AA, BB, ces murs modernes entourent l'ouverture de deux 
grottes. 

La bourgade possédait trois talayols placés en triangle. La photographie a été prise du 
sommet de l'un d'eux. On voit le second sur la planche VII, à droite en GC, et le troisième sur 
la planche VIII, au-dessous du mot « Baléares ». Au dernier plan est la ville de Ciudadela 
avec sa ceinture de moulins à vent et au delà la mer. (Texte, p. U, 26, iO.) 

Celte ville était construite avec des matériaux de plus petit volume (joe les autres. Peut- 
être la raison est-elle purement géologique et la nature dos pierres de la localité suffit-elle 
à expliquer cette dilTérence. Cependant il est visible que les maisons étaient de dimensions 
exiguCs. J'en ai dressé lo plan partiel, mais je n'ai obtenu qu'un damier très irrégulier. Les 
souterrains y sont nombreux, mais sans doute parce que seule elle a été explorée avec soin. 
J'ai décrit ses grottes artiflcielles (p. 10). Mais il y a aussi des fentes naturelles du rocher 
sous-jacent, que les habitants avaient su découvrir et qu'ils avaient profondément dégagées ; 
puis ils avaient jeté, au niveau du sol, un plafond de grandfts dalles. Avec le temps, ces cavités 
se sont recomblées de terres et de débris de tous genres, mais les fouilles ne nous ont pas 
appris leur usage primitif. 



PLANCHE IX 
Portion d'une galerie en mine, San Adeodato près San Crlstobal (Mlnorque). 

Sur ce point se trouvent encore des traces importantes d'un centre d'habitation, forte- 
ment entamées par la culture et depuis très peu d'années. La photographie représente une 
portion de ces galeries surbaissées que j'ai décrites (p. 17), l'homme est appuyé sur un pilier 
de soutènement formé de blocs superposés; ù gauche est un pilier formé d'un seul bloc 
dressé en hauteur; la pierre qui le surmonte fait partie de la toiture. Entre ces deux piliers 
il en est un autre ii moitié caché par une dalle du plafond éboulé. Je ra])peUe qu'on ne pou- 
vait circuler debout dans ces cryptes. 



VI MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES. 



PLANCHE X 

Ruines d'un monument etroulaJre, Tùrre d'en Oalmes, sud d'Alayor 

(Mlnorque). 

Pour débrouiller ce chaos et retrouver les blocs essentiels du monument ,1 faut se reporter 
à la figure i6 p. S2. (La photographie est prise du point marqué Ph.). On pourrait croire qu'il 
s'agit d'une sorte de dolmen, mais en réalité Tédifice est tout autre. Il est circulaire, et une 
série de longues dalles aujourd'hui gisent à terre qui fermaient la voûte en s'appuyant 
au centre sur le gros bloc debout aux pieds du personnage assis. Une seule est restée en 
place. 

PLANCHE XI 

Ruines d'un grand édifice de la ville antique de Torre d'en Galmes près Alayor 

(Minorque). 

Cet édifice est juxtaposé à celui que figure la planche précédente. Malgré les ombres qui 
compliquent la vue on pourra, mais en consultant leplan 16, p. S2, se reconnaître dans cet 
amas de blocs éboulés. La photographie est prise du point marqué E. 



PLANCHE XII 
Talayot et monuments ruinés de Trabuco prés Mahon (Minorque). 

Ces ruines sont aux portes de la ville et constituent un but de promenade. La pierre 
verticale qui supporte une grande dalle est en calcaire tràs tendre sur laquelle les gens 
s'amusent à graver leurs noms. La photographie XXIII donne une autre vue de ces monu- 
ments. 



PLANCHES XIII, XIV ET XV 
Édifice principal et talayot, Talati de Dalt, prés Mahon (Minorque). 

Les pierres droites seules sont en place, ainsi que les bases des murs qui le rejoignaient, 
comme on le voitsur mon plan 10 p. 19. Les murs antiques ont été remaniés par les paysans 
pour débarrasser les terres le plus possible. 

La planche XY prise du sommet du talayot donne une bonne idée de tout ce paysage. Les 
métairies voisines ont été construites aux dépens de ces constructions. Au loin et à droite 
on distingue le sommet principal de Minorque, Monte-Toro. 



TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES. 



PLANCHES XVI ET XVII 

Habitation principale et grand talayot, Tarranba de Salort près Alayor 
(Mlnorqae). 

Le plUer central de l'édlllce principal. 
Ces constructions sont signalées dans le texte p. 21. Je n'ai rien de particulier à ajouter. 

PLANCHES XVIII ET XIX 

Édifice principal au pied du grand talayot, Torre d'en Galmes prés Alayor 
(Mlnorqae) . 

Ces deux vues, prises à pnu prés du niômc point C du plan 15 p. 2i. donnent l'aspect de 
l'intérieur de l'édiflce, au centre du<|ucl on voit la base du pilier central (D) légèrement 
incliné et ayant à gaucho (en C) son cliapileau roLourné. Ce grand bloc avait déjà un léger 
creux sur la face destinée à reposer sur le pilier ; on a plus tard approfondi ce creux et on 
en a fait un tombeau. La ;porto ou la fenêtre A du plan se trouve à la limite de mes deux 
photographies, en E. A la jonction des perpendiculaires AA on voit les dalles superposées aux 
piliers qui limitaient l'édilico. Elle sont des témoins irrécusables de la voûte par encorbelle- 
ment qui s'appuyait au centre sur la grande pierre. En B se trouve le talayot voisin. J'avais 
le principal immédiatement à ma droite et un troisième derrière moi. Ces trois tours 
ruinées dominent la colline à l'iiorizon dans la vne inférieure de la planche XXIIl. 



PLANCHES XX A XXII 
Habitation principale, Son Caria près Cludadela (Mluorque). 

Pour exécuter mes photographies, j'étais constamment obligé de faire disparaître les 
plantes et les arbres qui encombraient les ruines. Partout les propriétaires ou leurs fer- 
miers m'ont facilité ce travail avec une extrf^me complaisance; je ne saurais trop les 
remercier. 

Les trois photographies sont consacrées au m<>me édiQce dont le plan est semblable 
à ceux des chambres uniques des autres localités. Ici les murs étaient revêtus extérieure- 
ment et sur tout le pourtour, de grosses dalles bien équarries on général; elles sont la 
plupart encore debout. Le pilier central malheureusement a été esploilé par les carriers. La 
base énorme porte les traces de leur déplorable ouvrage. L'aspect de toutes ces énormes 
pierres blanches est véritablement superbe. La façade (pi. XXII) est longée d'un côté par une 
large avenue qui conduit à l'une des portes de l'enceinte et de l'autre k un chaos de ruines. 



VIII MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALEARES. 



PLANCHE XXIII 

Monuments de Trabuco près Mahon, au milieu des fortifications élevées par le 

duc de Grillon. 



Lo duc de Grillon qui était alors, en 1782, au service de TEspagne, avait placé du canon 
sur le lalayol, et de là il bombarda la place. 

Les trois talayots et l'emplacement de la ville de Torre d'en GkLlmes. 



PLANCHES XXIV ET XXV 
Édifice principal de la cité de Torre-Trendaca, près Giudadela (Minorque). 



Voir le plan flg. il, p. 19. 



PLANCHE XXVI 



Édifice principal, vue intérieure ouest, Benlmaimut près Mahon (Minorque). 

Voir le plan fig. 13 , p. 20. Trois talayots entourent de très près ce beau monument, un 
des mieux conservés. Les murs anciens sont intacts sur plusieurs points. Sur ma vue, a 
gauche, sont encore des parties de la voûte reposant sur des pieds droits encastrés à moitié 
dans la muraille, comme dans les autres constructions semblables. 



PLANCHE XXVII 



Édifice principal, Torre Llafùda près Giudadela (Minorque). 



Le pilier central est renversé ; les deux parties, support et chapiteau sont par terre au pre- 
mier plan. Plusieurs des supports de Tenceinte ont conservé encore leurs chapiteaux. Celui 
qui est au milieu de la photographie est parfaitement intact. Le pilier pénètre assez pro- 
fondément dan» lo bloc supérieur. C'était sans doute ime condition de solidité (plan Vig. 12, 
p. eOK 



TABLE ET DESCEIIPTION DES PLANCHKS. 



PLANCHES XXVIIl ET XXIX 

Le plus grand talayot des Baléares, Son Morell prés la baie d'Alcudla et le 
pic Farroltx (Mayorque). 

On reniarquera dans la seconde vue, ù l'angle do droite A A, le soninieldf cequiroslcdu 
pilier central en blocs superposés. Les blocs énormes de la voûle se sont engoullVés dans le 
monument (texte p. 23 et 25). 



PLANCHE XXX 
Talayot carré en ruine, Canova de Morell près la baie d'Alcudla. 

Ce talayot est dans la région du précédent. Il fut construit avec un calcaire moins résis- 
tant. Les blocs ont été arrondis par les agents atmosphériques. Avaient-ils même une grande 
régularité quand on les clioisil? Je ne l'affirme pas. Le monument est carré, mais ma pho- 
tographie ne le montre pas suflisamment. Cette forme est assez fréquente, surtout dans 
Hayorque (Voir le dessin de la p. 53). 

PLANCHES XXXI. XXXU ET XXXllI 

Talayot en ruine, Son Oliver près Felœnitx (Mayorque). 

Talayot en ruine, Algaida près Palma (Mayorque). 

Un groupe de talayots eu ruine sous bols, Pollenza (Mayorque). 



Ces diverses vues montrent ce que d 
sauvage soit cultivée. 



iunneiil les lalayot-i envahis par la végétation soit 



PLANCHE XXXIV 



Parois intérieurs d'un petit talayot en ruine. Son Heredad prés la tour de 
Canamel, Arta (Minorque). 



J'ai fait observer dans mon texte que l'appareil de ces-conslructions était volumineux Ji 
l'extérieur et beaucoup plus petit et moins soigné à rinlérieur. Rarement le mur est aussi 




J 



X MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALEARES. 

mauvais que dans le spécimen figuré (p. 25). Au fond de cette ruine était couché à Tombre 
un troupeau de jeunes agneaux. 

Le jeune homme assis au sommet du talayot est M, Pena, qui partagea avec ses deux 
frères le soin de m*accompagner souvent dans Mayorque et de me faire bien recevoir partout. 

On visite aux environs la célèbre grotte de Arta au bord de la mer dans une baie magni- 
fique. 



PLANCHE XXXV 

Talayot & deux étages intérieurs, Torre Nova de Lozano près Ciudadela 

(Minorqne). 

C est un des mieux conservés que j*ai vus. J'en ai donné le plan et la description (fig. ^0, 
p. 27). 

PLANCHE XXXVI 
Talayot avec crypte bien conservé, Sans Aug^sti près Gristobal. (Minorqne). 

Également en parfait état. Voir le plan et la description (fig. 18, p. :25). 



PLANCHE XXXVII 
Pilier central d'un talayot détruit, Son Sabo près Montuiri (Mayorque). 



Voilà un exemple idéal de la manière dont les ruines elles-mêmes peuvent disparaître. 
D'un talayot qui devait être énorme, et tel que celui de Son Morell (pi. XXIX) il ne reste que 
le pilier central. La charrue passe maintenant partout à ses pieds (texte p. 26). 



PLANCHE XXXVIII 
A. Enceinte d'une ville, la Vêla de Son Heroued près Felanitx (Mayorque). 

Ici, c'est au contraire l'enceinte qui a été respectée : le terrain qui supporte les construc- 
tions intérieures est dégagé et labouré (Voir le plan p. 15 fig. i). 



B. Talayot avec partie supérieure refaite, Torello prés de Mahon, Minorqne. 




TABLE ET DESCRIPTION DES PLANCHES. 



PLANCHE XXXIX 

Talayot avec partie Enipérienre refaite, Torello près Hahon (Mlnorque). 

C'est le même que j'ai Hgiiré sur la planche précédente. 11 a, comme on peut en juger, de 
^andes dimensions (Voir p. 38). On dislingue bien la perfection relative de l'appareil de la 
partie haute. 

PLANCHK XL 



Talayot en mine et remanié, Benlcodrell de Dalt près San Cristobal 

(Minorque). 



Le premier talayot dont la vue a été donnée par lesanciens auteurs (Voir p. 5) et dont la 
disposition a été inexactement interprétée par eu\ et leurs successeurs. 



PLANCHES XLl ET XLII 
Nau on Haveta d'es Tadons, monnment funéraire près Cindadela (Hinorqae]. 

J'ai parlé longuement de ce monument classique (Voir p. 22 et iig. 33). 

PLANCHES XLIII, XLIV ET XLV 
Naus on Navetas de RafaI Rubi i(Mluorque) 

Voir texte p. 34 et fig. 23 et 24). 

PLANCHE XLYI 
Nan de Son Mersé de Baiz,pré8 Ferrerlas (Ulnorqne). 

Coupé par la culture, qui a emporté la façade, co monument runéraîro m'a permis de 
donner une vue photographique parfaite pour montrer le rôle dos piliers de soutènement 
et le mode de construction des plafonds (Texte, p. 35 Iig. 35). 



iii MONUMENTS PRIMITIFS DES ILES BALÉARES. 



PLANCHES XLVII, XLVJII ET XLIX 
Grottes artificielles au bord de la mer, Galas Govas près Mahon, (Minorqae). 

Sur ce littoral les baies sont profondes et dominées parles falaises les plus pittoresques. 
La mer, le jour de ma visite, était àpeine ridée à la surface, et la plus brillante lumière, dans 
un air d'une rare transparence accusait vivement les couleurs les plus opposées et les 
moindres détails. Sur la pi. XLYIII on aperçoit, non sans peine, deux pêcheurs à la ligne assis 
à la pointe du rivage : ils donnent l'échelle de cette partie de la côte singulièrement réduite 
par mon objectif grand angulaire (Texte, p. 44 et flg. 33.) 



PLANCHES L ET LI 
Garrlta ou Cabane moderne, Ferrerias (Minorqae). 

Les édifices de ce genre sont nombreux dans Tile où les métairies sont très éloignées des 
champs en culture et où les paysans ont besoin d'abri tantôt contre le soleil, tantôt contre 
Torage. Ceux-ci excellent à faire ces constructions en pierres sèches souvent assez vastes 
pour donner asile à un groupe nombreux de travailleurs, de bétail, ou même à la récolle. 
Quelquefois une rampe en spirale permet d*arriver au sommet de la Garrita d'oùTon découvre 
tout rhorizon. 



Paris. — Typ. Chamerot et Renonard, 19, rue des Saiots-Pères. — 25297. 




^ 

1 

^ 



M^iiMMusiis fma^mw^ mts iu^imaj^^s 




k.'-A'Lf/.fkT'f/ù' /ir ?'i//e ..j^/fç<rae //fA'U^Vi^'it' ie/j/ayii^- 



lUKKb.LLA. hUUA près L.1UUA 


ubLA (mmortrae 


^B^^,^..T 


^^K| 


HP 




^^^^ÊJà-'t 


jM^. 


' ^aL' '■ 


^■p^r^ 


f , 








r~J^^ 



"&■/'>'//'.'/// ^/r/' '///c}fy'fn' <///, 



SAN AUGUSTIN pie-. SAN CRISTOBAL fMlngPcrue> 







^^ 


^ 


I 


















r 












m^ÊKSi 


f 


IH 




• y t «» 




^ 


fl| 


J 


k r^' 




L 




o 


^H 


! * 


%\- 


' 1 


^1 






^ 1 




v^BK^'^ 




1 






1 1 


■■V. i>' 




g^J^^WB 


J 












-^ 


i 




■M 


Hl 


i 


!♦ iÉ': 


^^ 


^ 






fir 


■i'' i 






^ 




j^ 


'ir 


i -• 


«!£- 


1» 


s 




w 


■ I ïfa 


Pft'^ 


*■:■*' 


V 


^ 


• 


H 


1 


¥ : 


' P 




^ 






1-1 




■'; 




§ 

^ 






Kdl 




, -~ . 




'^. 




W 


^Ê 


A?^ 


■.'."'~^r»^r !■" ' 




V 




î-t 


'^U^^B 


^ ' f^slèk 


~~*5'' -. ^ T"" T-' • 2. 


^Sr- i"- ■ 


s 


- 


5 


V 


"i."'.'.-' ■"" 


'¥ jg^ 


rj.mi 


^: 












H Va. ^I 


1 


H 


2; 

o 


- 




- # '^^ 


WK^ • IH 


^^Jksl 




1 


' 


^' 


'II"*,-- -"^ 


m ^ 


iHJk 


■ 






> . 


, 1^ JB»' ' 


IL ;..^ 


25IP 


^ j 


1 


■* 




' 


5 ti4'- 


■k^s 






1 


m 


Kl. 






^f 


* 


1 


1 




m < 


- 









^^ 



\^ 






\^ 



F ^^ 


1 


^^ 








} 


ï 


^^W^^ ' ' 


^^^^^H 






W 




X. 


•s 




,■> 


V 


3 


.■ .* 


■X*- ^ ' 


^ 


■« 


^^^ -. 


H^V , 'P'X --.Sr^" 


i 


■g 


■^^~ 


>^-' ^^^^-i*^ 


s 


^ 


H^ 


^-^ >/ 


N: 


S) 


^Hk 


f ■ 


^ 


^ 


W^ 


% ^- /^^ 


V < 






■^ ^ 


X^ g 


s. 


i!^- j. 


>'^^S'^' t- 


IS 




^ " 


i uV ^^ -^iiajifc: •" _ 


^! 


s 


■bL: 


^î? 


> 3 


!4 


" W '•■1 


% ' - 




9 

S 


^^^^iÉ». .1^^^ 


■Mpp^»" T 


-^ 


e 




^^^^- ■■ 


;v? 






^C^"" 






^ 







^^^ 


^^" 


■ 


m 


^ 




P^V 










1 


r • 










ê 


n 




r ; 






:o 




Im M 




ma 


•> 

3 






H 




: '■''^W'» 


«^ r2i 'i 


t' 1' 


s 






3p 


ï '^^T 


^- * 


•S 


^ 


* ■ 


|»V 1- 1 


îr'^ ■ 


> •- 


1 


1 


"".\ 


,■% '^'r. ^ 


iç:*^* 


^- . - 


■^ z 


S 




^o^" 




i^Ê^' 


N i^ 


N 


, ^ ■'■ 


"•^M^lk ~ 




^^^^SE^ 


n 


g{i 


",' ,,■- 


''^'^^^iSH^HflV*' 


^ .-. :a 


^P^r4^Q " 


N- < 


g 


tf*'* ^ ' 


'':^âi^^l^MÊ 


^' »ÏB'' 


P ^X*jr> -^j. 


V ^ 

$. H 


M 


*'"'■■- 


'^^^^K 


^.^Él^Ps 


'^^fSE-'^'S' 


^ï 


S 




'■j^^ÊÊBÊ^^^. 


S» *v 


**-'. * ^^'tR' 


^ o. 


■> 




"""^^^ÉkjSI 


^S^^' 


t'j' -Vj-Jr >» ■ 


^^ 


M 




- "-jnârii^^^H^^^I 


f SM 


';4^V^ 


^ < 


»> 


' 


^^^■^^HBP»r ^ 


jT' 


BÎA' . 




!9 




P(p7 ' * 


:i 










A ^^^..i3?^a^ 




^^- 


A§ 


S 


rmi^^ 'jsi\wiiei. 


1 v,!\ ■ » ' 


> ♦ '.> 


j 




m^mf^'''-" 1 


bi^' ■■ .'«■^jJaJI'îfî 


f^''- ■ 1 


^^^ff^àffiroMS 


«-'1, t 






m i 


^^hh^jV«wP^^ 




"H- ( 






M 

^ 


^^^pf^^^^K^. ^Sflsi 




'1 ' 















f 


-^- ■ 


~^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^i 


1 


1 

«; 

■H 


■ jM 




^^ î 


1 


-^^- >i^&i^^afe:^^^^^^^^^^^^^l 




■S, : 


a; 




^HH^^^' 


t*3 J 




m 1 






^^^^^^^^^^^^^^^^^^K'^;, 





.TY LIBHARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD (JNIVERSITY LIBRARIES ■ 
S STANFORD "NIVERSITY 1_| gRARI ES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD ur 
^siFS STANFORD UNIVERSITY UBRAR.ES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFO 
^NFORD UNIVERSITY UBRARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES . STANFORD [J N IVE R 
■EHSITY LIBRARIES • STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARI 



D UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD 



LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY Ll 



STANFORD UNIVERSITY 



^D UNIVERSITY 



3 STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD u 

^«"^S STANFORD UNIVERSITY UBRARIES ^ STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFO 
NFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY UBRARIES . STANFORD U NIVER; 
ERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARI 
D UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY Ll 
TY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD U N IVERSITY L.SRAR.FS 
3 STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD U^ 

iRIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFO 
NFORD UNIVERSITY UBRARIES • STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UN IVER! 



T-' LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD U~,VERS,TY LIBRARI 



RARIES STANFORD UNIVERSITY LIBR 



NIVERSITY LIBRARIES STANF 



TV LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES ■ SI 
ES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES - STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES ■ STANFORD U 
RD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES ' STANFORD UNIVERSITY Ll 
\NFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVER 
IVERSITY LIBRARIES . STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES . STANFORD UNIVERSITY LIBRA 



IRARIES STANFORI 



LIBRARIES 



STANFORD UNIVERSITY 



LIBRARIES sTANi 



TY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES . STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES ■ S 
ES - STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES - STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES - STANFORD U 
'RD UNIVERSITY LIBRARIES ■ STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES * STANFORD UNIVERSITY Ll 



\NFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY 



IVERSITY LIBRARIES . STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES 



iRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANFORD 



TY LIBRARIES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES STANI 



ES STANFORD UNIVERSITY LIBRARIES ■ STANFORD U N IVE 



Stanford TTiÙTereity Libraries 
Stanford, Califomia